Tôt le matin, les marchés s’éveillent. Les allées se remplissent d’hommes et de femmes occupés à vendre le surplus de leurs récoltes et à charger des sacs sur des charrettes. Ces visages de mères, de pères, de filles et de fils appartiennent aux communautés rurales qui nourrissent notre nation. Les aliments qui finissent dans nos assiettes ont commencé leur voyage dans leurs champs.
Pour ceux d’entre nous qui travaillent dans l’agriculture, c’est dans les champs que le changement commence véritablement. Vivre et travailler à proximité des agriculteurs, en particulier des femmes, qui constituent la majorité des petits exploitants agricoles en Afrique, n’est pas seulement une question de proximité ; c’est le fondement d’un impact significatif et durable. Lorsque les professionnels de l’agriculture comprennent et reflètent les réalités des communautés qu’ils servent, ils peuvent concevoir des solutions qui fonctionnent vraiment.
Mais comment cette relation étroite génère-t-elle un impact ?

Uwimana Alexis, un des membres du programme One Acre Fund Tubura qui s’est spécialisé dans la culture des légumes. Il est en train de vendre le surplus de sa récolte sur la Route Nationale No 4
Refléter les réalités rurales
Je pense que les programmes agricoles mis en œuvre au sein des communautés rurales obtiennent de bien meilleurs résultats que ceux gérés à distance. La proximité transforme les données abstraites en impacts tangibles qui affectent la vie réelle. Chez One Acre Fund, l’organisation pour laquelle je travaille, nous avons fait le choix délibéré de vivre au sein des communautés agricoles que nous servons. Notre modèle basé sur le terrain garantit que les professionnels au service des agriculteurs font partie intégrante de leurs communautés.
Lorsque nos équipes partagent le même environnement que les agriculteurs, nous constatons directement les contraintes et les opportunités auxquelles ils sont confrontés. Cette proximité transforme les données en informations et les informations en actions concrètes qui améliorent les récoltes et les revenus. Cela signifie que nous ne nous contentons pas de lire des noms sur des bases de données; nous rencontrons les agriculteurs, nous écoutons leurs difficultés et nous adaptons nos services pour répondre à leurs besoins. Les données peuvent montrer des tendances, mais elles ne reflètent pas toujours la complexité de la vie agricole quotidienne, comme les sols qui se dégradent ou les aléas climatiques.
De plus, nous nous efforçons tout particulièrement d’embaucher des femmes à nos postes, car au Burundi et dans une grande partie de l’Afrique, les femmes constituent la majorité des petits exploitants agricoles. Cependant, les professionnels qui les servent ne reflètent trop souvent pas cette réalité. Pour répondre véritablement aux besoins ruraux, il faut davantage de femmes professionnelles sur le terrain, vivant et travaillant dans ces communautés, afin que la diversité des agriculteurs se reflète dans les personnes qui conçoivent et mettent en œuvre les solutions qui leur sont destinées.
Construire des systèmes centrés sur les agriculteurs
La proximité permet également un apprentissage en temps réel. Lorsque vous vivez au sein de la communauté que vous servez, le retour d’information ne se limite pas à une enquête annuelle, mais prend la forme d’une conversation quotidienne. Les agriculteurs nous indiquent lorsque les calendriers de semi ne correspondent pas aux précipitations locales ou lorsque les intrants doivent arriver plus tôt. Les équipes peuvent rapidement adapter le contenu des formations ou les calendriers de distribution, car elles sont suffisamment proches pour remarquer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Notre utilisation de la conception centrée sur l’humain (HCD) s’appuie sur cette base. En plaçant les agriculteurs au cœur du processus de conception, nous créons ensemble des outils, des formations et des services qui sont non seulement techniquement solides, mais aussi pratiques et largement adoptés. Les récentes évaluations de la HCD dans le domaine du développement confirment ce que nous constatons chaque jour : les solutions ancrées dans les réalités locales sont plus applicables, plus pertinentes et plus efficaces.

Une de nos agents de terrain en train de donner une formation sur le compostage.
Instaurer la confiance
La proximité permet également d’instaurer quelque chose qui ne peut être retranscrit dans un rapport: la confiance. La confiance s’instaure en parlant la langue locale, en partageant les routines quotidiennes et en participant aux rassemblements d’agriculteurs. Cette présence transforme les conseils prodigués par une entité abstraite en pratiques que les agriculteurs adoptent en toute confiance.
Chez One Acre Fund, nous avons constaté à quel point le fait d’établir des liens avec les dirigeants locaux renforce l’adoption de pratiques agricoles productives. Nous travaillons avec des chefs de groupe bénévoles choisis par la communauté qui deviennent des modèles de confiance, diffusant leurs connaissances et incitant les autres à adopter de meilleures pratiques agricoles.

Brigitte Nshimirimana , une des 1000 agents de terrain du programme Tubura. Elle est en visite dans les champs d’un des cultivateurs membres pour renforcer ses connaissances sur les meilleures pratiques agricoles.
Quelle est l’opportunité ?
Pour nous, qui travaillons au plus près des champs, les recommandations que nous mettons en pratique ne sont pas théoriques : elles proviennent des voix et des vies que nous rencontrons chaque jour. Nous avons constaté que le fait de confier davantage de rôles de direction à des femmes modifie les recommandations que nous formulons afin de mieux répondre aux besoins de notre clientèle, et que le fait de nous immerger dans la vie quotidienne des agriculteurs nous aide à acquérir des connaissances précieuses de première main qui nous permettent de développer des solutions ciblées et efficaces.
Si l’objectif est d’améliorer la productivité, la résilience climatique et la sécurité alimentaire, le chemin le plus court passe par la proximité et par la garantie que les professionnels au service des agriculteurs reflètent leur réalité.
Nous n’avons pas besoin d’inventer le changement, nous devons simplement être là où il commence : dans les champs, aux côtés des agriculteurs.




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