Société

Promouvoir la communauté des Batwa : Un pari à gagner pour instaurer une société plus juste

Les Nations Unies ont adopté une déclaration sur les droits des peuples autochtones en l’an 2017. A quelques jours de la Journée internationale des peuples autochtones qui a lieu le 9 août de chaque année, Burundi Eco passe en revue la situation qui prévaut au Burundi quant au respect de ces droits

La communauté des Batwa représente une part minime de la population burundaise, soit quelque 1%. Très peu d’enfants Batwa sont scolarisés et beaucoup de ménages Twa ont des terres très exiguës ou n’en ont pas tout simplement. Certes, il y a des avancées, mais les défis à relever restent immenses. Faut-il plus de volonté pour surmonter la pente ? Le Burundi, pays qui a voté abstention lors de l’adoption de la déclaration sur les droits des peuples autochtones en 2007 a néanmoins réussi quelques avancées en ce qui est de la promotion de la communauté des Batwa.

Hon. Emmanuel Nengo, représentant légal de l’UNIPROBA : « A voir l’effectif des Batwa, c’est possible de leur attribuer des terres parce que l’Etat en dispose »

Malgré les efforts déjà consentis pour relever ce défi, il reste un grand champ à défricher pour permettre à la communauté des Batwa d’atteindre totalement sa dignité dans une société qui se veut plus juste. Cette catégorie de la population est confrontée à de nombreux problèmes, notamment ceux liés à la sécurité foncière et à la non scolarisation.

Le problème foncier reste d’actualité

Le manque de terres est l’un des gros problèmes auxquels les Batwa du Burundi font face jusqu’aujourd’hui. Hon. Emmanuel Nengo, président et représentant légal de l’UNIPROBA (Unissons-nous pour la promotion des Batwa) déplore le fait qu’il y ait encore beaucoup de ménages qui n’ont pas de propriétés foncières. Dans une enquête commanditée par l’UNIPROBA en 2008, plus de 14% des ménages enquêtés n’avaient pas de propriétés foncières. Ce document montre que plus de 79% des ménages enquêtés avaient des propriétés foncières dont la superficie était comprise entre 0 et 1000 m2. Cette situation est ainsi quand on sait que les Burundais vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage.

Cette enquête classait les ménages des Batwa non propriétaires en deux catégories. Un certain nombre de Batwa est présenté comme vivant encore sous l’ancienne institution d’Ubugererwa (vassalité). « Ceux qui exploitent les Batwa le font d’une manière occulte, tout en les maintenant dans une insécurité totale en matière foncière, pouvant les chasser à n’importe quel moment », rapporte le document sur la situation qui prévalait à cette époque.  Selon les rédacteurs de ce document exposant la situation socio-économique des Batwa à cette époque, la conséquence directe de cette pratique qu’ils qualifient d’« exploitation de l’homme par l’homme » est que les Batwa victimes de ce système s’affaiblissent progressivement physiquement et mentalement.

Ces chiffres relevés par l’enquête effectuée il y a plus de dix ans sur l’ensemble du territoire ont certainement changé, mais les problèmes persistent. Certaines solutions sont passagères et beaucoup de ménages restent dans un état socio-économique déplorable. S’exprimant sur l’évolution de cette situation, Nengo affirme qu’il y a eu certaines avancées depuis 2008. Ce responsable de l’UNIPROBA fait savoir qu’un certain nombre de Batwa ont pu acquérir des propriétés. Il indique néanmoins que dans certains cas les terres attribuées leur reviennent totalement, mais avec des dimensions parfois très minimes.

Certaines familles de Batwa vivent dans des situations de pauvrété extrême.

Comme l’indique cet homme qui se bat pour le bien-être de la communauté des Batwa, cette mesure n’a pas été prise par toutes les autorités administratives ayant le pouvoir de distribuer des parcelles. « Il existe toujours des Batwa qui n’ont pas de propriétés. Dans d’autres cas, les familles des Batwa ont reçu des parcelles de la part des autorités sans en devenir totalement propriétaires. Ce qui les maintient dans des conditions d’insécurité foncière. » Nengo s’inquiète du fait que certains administratifs refusent d’accorder les titres fonciers aux familles bénéficiaires. «Sans aucune pièce justificative, les ménages des Batwa peuvent être chassés quand l’Etat a besoin de reprendre ses propriétés», déplore le représentant de l’UNIPROBA.

Quid de la scolarisation des Batwa?

La scolarisation des enfants Batwa au Burundi reste un pari qu’il faut gagner à tout prix pour garantir leurs droits. Le droit des enfants Batwa à l’éducation est garanti par des textes universels. Comme l’indique la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant en son article 11, « tout enfant a droit à l’éducation ». En son article 1er, la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, et qu’Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité».

Au Burundi, l’éducation des Batwa reste un défi malgré quelques avancées notables enregistrées durant des années. Selon Emmanuel Nengo, les enfants Batwa ont regagné le banc de l’école, contrairement aux années antérieures où cette minorité ethnique était discriminée par le reste de la population. Pourtant, plusieurs obstacles barrent la route à l’éducation de ces enfants et leur éducation est devenue un véritable combat.

Dans l’étude récente réalisée par l’UNIPROBA, il a été constaté que 82% des Batwa ne sont pas allés à l’école, les hommes et les femmes pris ensemble. Seuls 22,1% ont pu aller à l’école et ont pu étudier jusqu’à la fin de l’école secondaire. « La pauvreté et la faim qui sévissent dans les familles des Batwa, la stigmatisation qui persiste dans une certaine mesure, la ségrégation ou encore le manque de référence plombent toujours l’éducation de ladite communauté », explique Nengo. Il leur faut plus de soutien tant moral que matériel.

Des efforts conjugués pour inverser la tendance

Plusieurs initiatives sont mises en œuvre pour garantir les droits des peuples autochtones tant au niveau national qu’international. Au niveau national, le gouvernement Burundais a fortement contribué à l’éducation des Batwa.  Depuis 2005, il a instauré la gratuité de l’éducation primaire. Avec l’appui de l’Unicef, les enfants des plus pauvres, y compris ceux des Batwa reçoivent des cahiers, des uniformes et d’autres fournitures scolaires pour aller en classe.

Pour le représentant légal de l’UNIPROBA, il y a eu des avancées. Il affirme que son organisation association de temps en temps la sensibilisation des Batwa sur leurs droits et poursuit la plaidoirie auprès des pouvoirs publics. Au niveau de l’éducation, Emmanuel Nengo juge l’évolution positive. Il indique que la communauté burundaise des Batwa compte actuellement 23 lauréats d’université, tandis qu’une quarantaine poursuivent leurs études dans différentes universités. Pour Nengo, la nomination des Batwa dans différents postes sert d’exemple aux enfants de sa communauté. 

Le manque de terres est l’un des gros problèmes auxquels les Batwa du Burundi font face jusqu’aujourd’hui.

 

Sur le plan international, la protection et la promotion des peuples autochtones est désormais l’une des préoccupations des Nations Unies. La volonté de garantir les droits des peuples autochtones est traduite par la Déclaration sur les droits des peuples autochtones adoptée par son Assemblée Générale le 13 septembre 2017. Les différentes organisations comme celles issues de l’Organisation des Nations Unies et de la Banque Mondiale exigent la promotion des peuples autochtones dans les projets dans lesquels la BM est partenaire.

Quels espoirs pour l’avenir des Batwa au Burundi

Interrogé sur l’avenir de l’épanouissement de la communauté des Batwa au Burundi, Hon. Emmanuel Nengo nous a fait part de ses espoirs. Pour lui, la question essentielle est celle liée à la propriété. «Nous espérons que la situation sera meilleure demain. Il suffit que nos dirigeants aient la volonté d’inverser la tendance», rappelle-t-il. Selon lui, la nomination d’une femme issue de l’ethnie twa au poste de ministre montre que la situation est en train d’évoluer. A propos du manque de terre et de la sous scolarisation des enfants Batwa, il reste optimiste et croit que la question liée à la propriété peut être résolue définitivement. «A voir l’effectif des Batwa,  c’est possible de leur attribuer des terres parce que l’Etat en dispose», commente-t-il.

Pour combattre l’abandon scolaire dans les milieux des Batwa, il pense que les parents des élèves devraient bénéficier d’un soutien socio-économique de la part des organisations de la société civile ou du gouvernement. Celui qui suit au quotidien les questions des Batwa croit également que les stéréotypes, les préjugés et les discriminations doivent être combattus dans les milieux scolaires.

Nous n’avons pas pu joindre les services habilités au ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage pour nous informer sur les perspectives dudit ministère vis-à-vis de la situation des Batwa.

A propos de l'auteur

Jonathan Ndikumana.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.

éditorial

Marché des capitaux, une autre source de financement dont il faut profiter

Marché des capitaux, une autre source de financement dont il faut profiter

Au moment où la plupart des burundais sont confrontés à un problème de financement de leurs projets, une autre source de financement a été mise en place par l’Etat. Il s’agit du marché des capitaux qui est fonctionnel depuis deux ans.

    Abonnez-vous à notre bulletin

    Journal n° 703

    Dossiers Pédagogiques

    Facebook

éditorial

Marché des capitaux, une autre source de financement dont il faut profiter

Marché des capitaux, une autre source de financement dont il faut profiter

Au moment où la plupart des burundais sont confrontés à un problème de financement de leurs projets, une autre source de financement a été mise en place par l’Etat. Il s’agit du marché des capitaux qui est fonctionnel depuis deux ans.
  • Journal n° 703

  • Dossiers Pédagogiques