Au Burundi, des initiatives innovantes transforment les déchets en une opportunité à la fois économique et écologique, grâce à leur exportation vers les marchés régionaux. Si la demande extérieure s’avère immense et largement insatisfaite, ces initiatives se heurtent néanmoins à d’importants défis logistiques. Un appui gouvernemental à de telles initiatives est plus que nécessaire.

De telles initiatives devraient être appuyées par le gouvernement, car elles servent non seulement à protéger l’environnement, mais aussi à créer des emplois et à générer des devises pour le pays.
Des tas de déchets (sachets, cartons, papiers, sacs, bouteilles en plastique, etc.) sont visibles dès l’entrée au siège de la Société Nezerwa Investment Group situé au quartier 10 de Ngagara, dans la commune Ntahangwa de la province de Bujumbura. Parmi les déchets multicolores éparpillés dans la cour de cette société, des sachets constitués en ballots de 110 kg chacun sont superposés les uns sur les autres. Ils sont prêts à être exportés. A l’intérieur d’un hangar construit sur ce terrain, des ballots de déchets en carton pesant 500 kg chacun, prêts à être exportés sont également superposés les uns sur les autres.
Pour arriver jusque-là, ces déchets sont collectés en provenance des dépotoirs, des marchés, des rivières et de partout où ils ont été jetés dans la nature. Ils sont collectés grâce à 40 coopératives œuvrant dans les différents quartiers de la mairie de Bujumbura ainsi que par des particuliers capables de le faire. Pour un kilogramme de déchet sachet collecté, cette société l’achète à 500 FBu tandis qu’un kilogramme de déchet carton ou de sac est acheté à 100 FBu. Ces déchets sont ensuite récupérés par cette société depuis ces points de collecte et acheminés vers le siège de Nezerwa Investment Group où ils sont triés selon leur nature, mis en ballots, puis exportés.
Au nom de l’environnement, mais du développement aussi
La collecte de ces déchets constitue un dur labeur, qui demande beaucoup de sacrifices, mais qui vaut la peine, selon Silas Bucumi, patron de la société Nezerwa Investment Group. Tous ces déchets, peu importe leur provenance et leur nature, sont collectés dans un seul objectif : la protection de l’environnement. « Nous avons constaté que ces déchets représentent un grand obstacle pour l’environnement. Comme ils sont jetés partout, cela provoque des perturbations climatiques. Nous nous sommes donc fixé l’objectif de leur donner de la valeur en les transformant car, lorsqu’on les exporte, ils nous rapportent des devises », explique Bucumi.
Actuellement, cette société collecte environ 2 tonnes par de déchets sachets par jour. « A Ngozi, la collecte est très faible, car les habitants ne s’y sont pas encore habitués : nous y ramassons entre 200 et 300 kg de déchets par jour », dit-il, avant d’exprimer la volonté de la société d’étendre cette activité à d’autres provinces du pays, car les déchets qui finissent leur course dans les rivières et détruisent l’environnement y sont légion.
Concernant les déchets cartons, il explique que beaucoup sont brûlés. Ce qui pollue l’air ou sont abandonnés à l’extérieur où la pluie les détériore. « Nous nous sommes donné pour mission de leur donner de la valeur. Ici, nous collectons environ 5 tonnes de cartons par jour et nous pourrions en ramasser davantage, car ils sont nombreux », dit-il. Il signale que le grand défi est le transport de ces déchets depuis les points de collecte jusqu’au siège de cette entreprise puisqu’ils utilisent des camions loués. Cela est amplifié par la pénurie du carburant.
Un marché vaste et insatisfait
Même s’ils sont parfois considérés au Burundi comme de simples déchets, dans d’autres pays ils constituent des matières premières indispensables. Cette société exporte ces produits grâce à des contrats signés avec des entreprises qui fabriquent des tuyaux, des fils utilisés dans la cordonnerie, des palettes, etc., notamment au Kenya, en Ouganda, au Soudan du Sud et en Tanzanie. Comme il l’explique, la société n’a pas de problème d’écoulement ; au contraire, le marché est si vaste qu’il est impossible de le satisfaire pleinement. « Les acheteurs demandent 200 tonnes de cartons par jour, mais nous ne pouvons pas atteindre ce volume. Ils demandent aussi plus de 200 tonnes de sachets, mais nous n’arrivons pas à les fournir en entier », dit-il.
Depuis plusieurs années, le Burundi est en train de transformer ses villes en villes propres. Pourtant, la gestion des déchets, qu’ils soient biodégradables ou non, demeure problématique. Des initiatives allant dans le sens de la valorisation des déchets sont lancées partout au Burundi, mais elles se heurtent souvent à des défis liés principalement au manque de moyens. Bucumi estime que de telles initiatives devraient être appuyées par le gouvernement, car elles servent non seulement à protéger l’environnement, mais aussi à créer des emplois et à générer des devises pour le pays.




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