Transport

Quand voyager entre Bujumbura et Ruyigi devient un parcours du combattant

Dans un contexte marqué par la pénurie de carburant, se déplacer à l’intérieur du Burundi est devenu un véritable calvaire pour de nombreux citoyens. Entre le 15 et le 18 juillet 2025, un journaliste de Burundi Eco a testé les difficultés de déplacement entre la capitale économique, Bujumbura et le centre urbain de Ruyigi. Témoignage direct sur les pratiques commerciales douteuses, les prix en hausse vertigineuse et le désarroi grandissant des voyageurs.

Au parking des bus du centre urbain de Ruyigi, les agences de transport continuent d’assurer le déplacement des biens et des personnes en dépit d’une pénurie chronique de carburant. Le marché noir semble jouer un rôle essentiel dans cette résilience.

 

Le 15 juillet 2025, peu après midi, un journaliste de Burundi Eco arrive au parking des bus situé près du marché Ngagara II connu sous le nom de Cotebu à Bujumbura. Objectif : rejoindre Ruyigi pour un séjour de quelques jours à l’Est du pays. Très vite, ce qui aurait dû être une formalité se transforme en casse-tête. Obtenir un ticket pour se rendre vers les régions éloignées, en particulier Ruyigi, relève désormais d’un parcours du combattant.

Plusieurs guichets sont visités, sans succès et probablement peu de tickets sont disponibles. C’est alors que deux jeunes gens, vraisemblablement commissionnaires ou agents commerciaux, s’approchent et proposent un ticket à destination de Cankuzo via Ruyigi au prix de 30 000 BIF. Le billet est déjà rempli et prêt à être utilisé. La proposition soulève des doutes, mais une vérification au bureau de l’agence mentionnée sur le ticket permet de confirmer son authenticité. « Ce billet avait été réservé à l’avance, mais la personne concernée ne s’était pas présentée, le bus étant sur le point de partir », explique un agent de l’agence de transport. Le ticket « orphelin » était désormais proposé à tout client disposé à payer sur-le-champ.

Désormais 30 000 BIF pour boucler le trajet Bujumbura‐ Ruyigi

Le prix élevé reste problématique : 30 000 BIF, soit à peu près le double du tarif officiel de 16 000 BIF pour le trajet Bujumbura–Ruyigi. Selon un agent de l’agence de transport, les coûts se justifient par l’extrême difficulté à s’approvisionner en carburant. Les bus fonctionnent désormais grâce à du mazout acquis sur le marché noir à des tarifs supérieurs à ceux pratiqués dans les stations-service.

Un bus de type Coaster, un modèle Coaster, se prépare à démarrer. L’ambiance à bord est morose. Les passagers, résignés, n’hésitent pas à exprimer leur mécontentement. Une femme assise près de la fenêtre indique : « Je fais souvent le trajet Bujumbura–Gitega. Ce trajet me coûtait 9 500 BIF. Aujourd’hui, je paie 20 000 BIF. C’est devenu insoutenable. » Malgré les protestations, aucun passager ne semble avoir de solution de rechange. A 13 heures, le bus démarre. Il atteindra la ville de Ruyigi après environ quatre heures de route sans encombre mais dans un climat général de lassitude.

Le 18 juillet, le retour vers Bujumbura est prévu. Afin d’anticiper les déconvenues, l’achat du billet est effectué la veille, le 17 juillet. Aux environs de midi, une visite est effectuée au guichet de l’agence Air Ponctuel à Ruyigi. L’agent sur place annonce un prix de 30 000 BIF, sans pouvoir garantir que des bus seront disponibles le lendemain à cause du manque de carburant. Elle suggère de patienter ou d’essayer d’obtenir un ticket dans une autre agence voisine.

A Ruyigi, les stations-service sont à sec depuis des semaines

Une autre agence, dénommée Doucement est alors sollicitée. Sur place, deux bus sont prêts à partir et les tickets pour le jour suivant sont en vente au prix de 25 000 BIF. L’écart reste important par rapport au tarif officiel. A la question de savoir pourquoi ce décalage, un employé de l’agence réplique : « Au moins, vous avez la chance de trouver un bus disponible. Ici à Ruyigi, les stations-service sont à sec depuis des semaines. Trouver du carburant est un défi quotidien. »

Les agences de transport ne fournissent pas des détails sur leur mode d’approvisionnement. Pourtant, dans plusieurs bureaux des agences de transport visités à Ruyigi, des dizaines de bidons de 20 litres alignés contre les murs, avec des traces visibles de carburant, suggèrent l’existence d’un circuit parallèle devenu indispensable à la survie des activités de transport.

Au-delà de ce cas individuel, ce trajet met en lumière une réalité nationale. Le problème ne se limite pas à l’axe Bujumbura–Ruyigi. A travers tout le pays, voyageurs et opérateurs font face aux mêmes difficultés : pénurie chronique de carburant, explosion des prix, impuissance de régulation et forte opacité dans les mécanismes d’approvisionnement. Le citoyen, en bout de chaîne, demeure le principal perdant. Contraint de payer davantage pour des services de plus en plus précaires, il doit désormais composer avec l’incertitude permanente qui pèse sur ses déplacements.

 

A propos de l'auteur

Gilbert Nkurunziza.

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