Le bilan de la visite du Chef de l’Etat Evariste Ndayishimiye en Egypte est prometteur. En tout, ce sont six accords signés dans les domaines qui intéressent les deux pays. Sur le plan de la coopération bilatérale, le gouvernement Egyptien s’est engagé à poursuivre ses actions dans les secteurs clés. Cependant, les autorités burundaises devraient se préparer à l’afflux des capitaux étrangers
Le Chef de l’Etat Evariste Ndayishimiye a effectué une visite de trois jours en République Arabe d’Egypte. Les deux Chefs d’Etats se sont engagés à mettre sur pied des équipes techniques de mise en œuvre des accords conclus. Un des objectifs de la visite officielle du Président Evariste Ndayishimiye est de mobiliser les investisseurs Egyptiens.
En marge de la visite, les investisseurs Egyptiens regroupés au sein du Consortium EGAAD (Egyptian African Arab Co. for Development) et la délégation burundaise ont rencontré le ministre Burundais des affaires étrangères pour échanger sur les opportunités d’affaires au Burundi. Les discussions ont porté sur l’investissement, le transfert des technologies, le tourisme, des projets sur le lac Tanganyika, l’appui de l’Egypte dans le domaine des infrastructures et de la santé …
La signature des mémorandums d’attente dans les secteurs du tourisme, de l’éducation, de la culture et de la communication, de l’enseignement, de la culture et de la communication est un véritable succès. En outre, l’exemption de visas pour les détenteurs des passeports diplomatiques et de service ainsi que l’accord sur la gestion intégrée des ressources hydriques au Burundi constituent des progrès notables dans les relations diplomatiques entre les deux pays. « La signature de ces accords est une étape cruciale dans l’histoire de nos relations bilatérales », fait savoir le président Ndayishimiye.

Le Chef de l’Etat Evariste Ndayishimiye poursuit ses visites à l’étranger. Il a déjà visité 5 pays, à savoir : la Tanzanie, la Guinée Equatoriale, le Gabon, l’Egypte et la Centrafrique.
Le Burundi renoue avec la communauté internationale
« Le Burundi tend la main à quiconque veut y investir et toutes les initiatives sont les bienvenues, du moment qu’elles entrent dans la ligne tracée par le Plan National de Développement du Burundi, PND 2018-2027 » a déclaré Albert Shingiro, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Développement. Il a souligné que le climat des affaires au Burundi est l’un des meilleurs offerts en Afrique avec des facilités inégalables au profit des investisseurs.
Depuis la crise socio-politique de 2015, les investissements directs étrangers (IDE) ont tari. Les IDE sont passés de 47 millions USD en 2014 à 7 millions USD en 2015, selon une étude du bureau sous régional de la Commission Economique pour l’Afrique de l’Est (CEA).
Les experts n’y vont pas par quatre chemins. La dépréciation du FBu par rapport aux devises réduit la confiance des investisseurs. « Il est difficile d’investir dans une monnaie instable » avec un déficit énergétique. Par ailleurs, les coupures intempestives du courant électrique sont de retour au centre-ville de la capitale économique. Les artisans se lamentent. Et cela ne rassure pas du tout les investisseurs.
Comment améliorer le climat des affaires ?
Faustin Ndikumana, économiste et défenseur des droits de l’homme proposent des pistes pour attirer les IDE. Le Burundi doit se défaire de la fragilité politique. En outre, il faut s’attaquer à la corruption et renforcer les capacités institutionnelles (la justice, la police et l’administration). Le développement des infrastructures socio-économiques (les routes, les barrages hydroélectriques, une meilleure connexion Internet, etc.) est primordial. Il faut également mettre en place un cadre macroéconomique sain. La politique monétaire, fiscale et budgétaire (taux de change, gestion des devises) doit rassurer l’investisseur qui souhaite placer ses capitaux au Burundi.
Le Nil, la pomme de discorde ?
« …nos peuples respectifs sont liés par l’histoire et la géographie à travers le fleuve Nil- cordon ombilical entre nos deux pays- dont la source la plus méridionale se trouve au Burundi », dixit le président Ndayishimiye. Actuellement, les eaux du Nil attisent les conflits entre l’Ethiopie et l’Egypte. A l’origine du conflit, la construction du barrage de la Renaissance (6 450 MW) sur le Nil bleu. Le remplissage du réservoir risque de provoquer un déficit hydrique sans précédent chez les Pharaons. L’Ethiopie mise sur capacité et son apport dans l’économie. D’ailleurs le Burundi compte importer 200 MW à partir de l’Ethiopie.
Dans ce contexte, l’hypothèse de nouer des alliances tenaces avec les pays riverains n’est pas à écarter. D’ailleurs, la visite officielle du président Ndayishimiye intervient deux mois après la visite de la présidente Ethiopienne Mme Sahle-Work Zewde au Burundi. Un communiqué conjoint éphémère parle d’un voyage pour renforcer les liens d’amitié et de coopération entre les deux pays. Les deux présidents ont échangé à huis clos et les clauses de cette rencontre ne constituent pas un secret de polichinelle. Il est peu probable que le dossier sur le Nil n’a pas été évoqué. La visite ne serait pas justifiée du moment qu’elle survient alors que l’Ethiopie est en pleine crise avec les combats au Tigré. L’Egypte chercherait un soutien du côté Burundais. En échange, le pays pourrait appuyer le Burundi dans la mise en œuvre des projets de développement.
Le Burundi salue la bravoure du président Egyptien Maréchal Abdel Fattah al-Sissi engagé dans la défendre les intérêts des pays africains devant le Conseil de Sécurité de l’ONU. On n’oubliera jamais votre soutien au moment où le pays en avait le plus besoin, a déclaré le président Ndayishimiye. Dans ces conditions, le principe de réciprocité devrait s’appliquer. Si le Burundi reconnait le soutien indéfectible de l’Egypte dans le concert des Nations, le moment est venu pour montrer sa position dans le conflit Egypto-Ethiopien qui s’éternise. La balance penchera vers qui ? Wait and see !
Un partenariat de longue date
Depuis longtemps, le Burundi est en bon termes avec l’Egypte. De par le passé, des dignitaires ont atterri sur le tarmac de l’aéroport international du Caire en guise de reconnaissance de la coopération entre les deux pays. L’Egypte intervient dans le domaine du renforcement des capacités des cadres et agents de l’Etat. Elle octroie occasionnellement des dons au gouvernement Burundais (les bus, les tôles) et des appuis logistiques. Entre septembre 2013 et juin 2014, le gouvernement Egyptien a offert 2 370 tonnes de tôles à notre pays. Ce don avait une valeur de plus de 20 millions de livres égyptiennes.
L’Egypte apporte son expertise dans les domaines phares tels que la santé, l’agriculture et autres conformément à l’accord général de coopération économique et technique signé en mars 1986 avant d’être ratifié une année après. En retour, les autorités égyptiennes comptent sur le Burundi dans la gestion des conflits liés à l’utilisation inadéquate des eaux du Nil qui pourrait entrainer des conséquences néfastes pour le peuple Egyptien.
Une bonne santé financière du pays
Le pays des Pharaons affiche de meilleures performances économiques. En 2020, l’Autorité du canal de Suez a généré 5,61 milliards USD de revenus. Malgré la pandémie de Covid-19, l’Egypte a annoncé des niveaux de production de pétrole records dépassant 650 000 barils par jour. Le pays est également devenu le 13ème producteur de gaz au monde. L’accroissement global de sa production est de l’ordre de 12,4% au cours de l’exercice 2019-2020.
L’Egypte exporte principalement les produits pétroliers, les fruits et légumes, le coton, les textiles, les produits métalliques, les produits chimiques et les aliments transformés.
Encore du chemin à faire …
L’Egypte est une grande économie africaine. Les indicateurs macroéconomiques susmentionnés montrent l’accès au marché égyptien est presque verrouillé. A ce titre, le Burundi peut matérialiser cette coopération en mobilisant les investissements dans les secteurs touristique et industriel. Ainsi, les autorités doivent faciliter les conditions de séjour au Burundi en délivrant des visas touristiques. Et l’aménagement des sites touristiques et des hôtels de proximité constitue une priorité. En plus, on doit investir davantage dans le marketing pour promouvoir l’image du pays.
Même si les autorités vantent une surproduction céréalière, il faudra du temps pour que les produits agricoles conquièrent le marché international. Les procédures de certification et dec contrôle de la qualité répondent à des normes internationales. Très récemment, le Burundi a interdit l’importation du maïs pour manquements aux normes sanitaires. Qu’est-ce qui garantirait la qualité des produits locaux ? La coopérative de Murayi sis à Gitega a vécu cette douloureuse expérience. L’huile d’avocat peine à s’écouler sur le marché européen, car elle n’est pas bio. Les initiateurs de ce projet investissent désespérément dans la production des avocatiers exempts de produits dangereux ou toxiques. Un pari difficile à gagner au regard de l’exiguïté des terres et de la recrudescence des maladies des plantes.
Coopération bilatérale, un antidote à la pauvreté des pays ?
L’ingénierie économique de feu Jean Baptiste Bagaza fut un exemple d’une politique réussie. Il bâtit le pays en 10 ans au pouvoir (1976-1987).
Pour y arriver, il négocia avec l’Allemagne l’envoi d’une une équipe d’experts en planification. Ces derniers seront affectés à la Présidence sous la supervision de Donation Bihute, ancien ministre de la planification et du budget. Feu Jean Baptiste Bagaza explique le dilemme du développement. Quand on veut développer le pays, il se pose le problème de par où par quoi commencer ? Il revient aux politiques de faire un bon choix. Il a investi dans les infrastructures pour faciliter le trafic puis dans les ressources énergétiques (construction de neufs barrages). Le président Bagaza a négocié des contrats de partenariats avec les Français, les Allemands et les Chinois pour un appui techniques.
En ce qui concerne les financements, le président Bagaza comptait sur le soutien de la Banque Mondiale, de la Banque Africaine de Développement, les coopérations bilatérales et les mobilisations internes. Dans une série d’émissions Médias-Mémoires Histoires réalisées en 2014 avec les anciens présidents du Burundi encore en vie, Bagaza avait reconnu qu’il avait connu des ennuis avec les Belges quand il négociait les coopérations avec les Libyens et les Nord-coréens. Pourtant la coopération Sud-Sud profite mutuellement aux parties prenantes surtout, dans un contexte d’intégration régionale. Les pays africains présentent les mêmes défis. En ce sens le partage d’expérience s’avère fructueuse pour délibérer l’Afrique des maux de pauvreté. Par contre, l’économiste Ndikumana considère que la coopération Sud-Sud se limite aux échanges commerciaux. Pour accéder aux capitaux extérieurs, les pays africains se tournent vers le marché financier classique. Si le pays ne satisfait pas aux exigences du marché, il passe par la coopération bilatérale pour bénéficier des crédits à des conditions préférentielles sous forme de dons ou de subventions.
Une coopération encore timide
Le Burundi a affiché un isolement sur le plan diplomatique dans un passé récent. Néanmoins, ces derniers jours il s’observe une certaine ouverture diplomatique, fait savoir l’économiste Ndikumana. Il qualifie certaines visites (au Gabon, en Centrafrique, en Tanzanie, etc.) de solidarité africaine. Mais c’est encore timide parce qu’on n’a pas encore vu de visites de grande envergure au sein même des pays de l’EAC comme le Kenya, l’Ouganda ou la RDC.
Normalement dans le temps, rappelle M. Ndikumana, un nouveau chef d’Etat devrait d’abord au moins dans les six premiers mois passer aux affaires effectuer une tournée dans les pays voisins. M. Ndikumana mentionne la tension entre le Rwanda et le Burundi, mais le processus de rapprochement est en cours.
La visite en Egypte avec des intérêts stratégiques sur le Nil apporte une lueur d’espoir. Il y a des accords qui ont été signés. Mais là encore, le Burundi doit renforcer ses capacités sur le plan institutionnel pour collaborer au même niveau avec les institutions des pays partenaires. La signature des accords se limite au niveau politique. Leur mise en application rencontre parfois des embuches, car les investisseurs ont des exigences de la part du gouvernement. Par conséquent, les accords tardent à se concrétiser et dans le pire des cas deviennent caducs. Le Burundi doit faire un effort au niveau du renforcement des capacités dans la gestion de ces accords, conclut Ndikumana.




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