Environnement

Restauration du couvert végétal d’ici 10 ans : Wait and see !

Le gouvernement en collaboration avec la population et certaines organisations tant nationales qu’internationales sont à l’œuvre pour la restauration du paysage burundais. L’OBPE espère qu’on pourra combattre la déforestation et ses effets pervers d’ici 10 ans si on reste sur la même lancée. Néanmoins, les défis s’observent encore dans cette lutte. Il s’agit des feux de brousse et la coupe illicite des arbres

Les activités de plantation d’arbres n’ont jamais cessé d’être réalisées. Seulement, avec la crise de 1993, la déforestation s’est observée à un taux non négligeable. Beaucoup de forêts ont été incinérées, indique Berchmans Hatungimana, directeur général de l’Office Burundaise pour la Protection de l’Environnement (OBPE) mercredi le 27 novembre 2019. Après cette période, l’Etat a initié pas mal d’actions pour inverser la tendance. Il s’est engagé de planter 4000 ha d’arbres chaque année jusqu’en 2030. Dernièrement, un projet de reboisement national dénommé Ewe Burundi Urambaye a été lancé. Il est constitué de cinq ministères. Il s’agit des ministères de la Sécurité Publique et Gestion des Catastrophes, de la Défense Nationale et des Anciens Combattants, de la Fonction Publique, de l’Intérieur et de la Formation Patriotique et enfin de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage. Des millions de plants d’arbres ont été plantés dans toutes les provinces du pays à travers les activités organisées par ce projet depuis qu’il est opérationnel.

Ce projet contribue non seulement à la restauration du paysage, mais il a aussi apporté une valeur ajoutée dans la lutte contre les feux de brousse qui constituent un danger à l’Environnement. A titre illustratif, Hatungimana fait remarquer qu’il y a des forêts qui ne cessent d’être brulées. Il cite celle de Mpungwe située dans la province de Bururi. Néanmoins, depuis que le projet Ewe Burundi Urambaye est fonctionnel, cette forêt n’est pas encoreaffectée par les feux de brousse.

Des mesures pour combattre la déforestation

Pour essayer de combattre ceux qui s’arrogent le droit de couper les arbres de façon illicite, l’OBPE a mis en place ses agents dans toutes les provinces. Aujourd’hui, on ne coupe pas les arbres pêle-mêle. Il y a des obligations, précise Hatungimana. Il s’agit des documents attestant que les arbres à couper t’appartiennent. De plus, il y a un document qui prouve la période d’existence de ces arbres pour éviter qu’on les coupe alors qu’ils n’ont pas encore atteint l’âge de la maturité. Et Hatungimana d’ajouter qu’il est actuellement interdit de couper en désordre tous les arbres pour éviter que cet endroit soit dénudé.«Nonobstant, quelques uns parviennent à nous échapper», s’inquiète Hatungimana. Ils se cachent et coupent ces arbres pendant la nuit. Il cite certains habitants des provinces de Muramvya et Bururi. Mais, il fait savoir que s’ils sont appréhendés, ils sont sanctionnés conformément à la loi.

Quant aux forêts domaniales, personne n’a le droit de couper les arbres à ces endroits protégés. Sauf en cas des travaux d’intérêts publics. C’est-à-dire la construction des ponts, des écoles, des stades, etc. Pour leur accorder cette permission, des enquêtes approfondies s’opèrent pour se rendre compte que réellement il s’agit d’un but valable.

Un groupe de GGF avec ses ruches implantées à l’intérieur des boisements en essences autochtones mellifère à Rutana

Concernant ceux qui laissent leurs animaux brouter dans les zones protégées, c’est-à-dire les parcs nationaux, les réserves naturels et les forêts brûlées, la loi est claire, révèle Hatungimana. Le code forestier stipule que si une vache est attrapée en train de brouter dans ces endroits ci-haut cités, son propriétaire est puni d’une amende de 100 000 FBu à 200 000 FBu par vache.

Au regard de toutes les mesures prises et les activités en cours de réalisation pour combattre la déforestation et ses effets pervers, Hatungimana a l’espoir que d’ici 10 ans, le paysage pourra être couvert d’arbres. La raison est que même la population et certaines organisations tant nationales qu’internationales ont emboité le pas dans la lutte contre la déforestation.

PAIOSA a emboité le pas dans le reboisement

A titre d’exemple, le Projet d’Appui Institutionnel et Opérationnel au Secteur Agricole (PAIOSA)financé par l’Agence Belge de Développement (Enabel) est à l’œuvre pour combattre les effets de la déforestation. Depuis 2015, il intervient dans la protection des bassins versants qui surplombent certains marais et périmètres irrigués des régions de l’IMBO et de KUMOSO. En collaboration avec l’administration locale, ce projet a décidé de reboiser des zones disponibles sur le plan foncier en plantant des essences exotiques de types eucalyptus et callitris.Une superficie d’environ 980 ha a été reboisée dans quatre communes de la région de l’Imbo et 1030 ha dans quatre autres communes de larégion de Kumoso. Des groupements de gestion forestière ont été mis en place pour l’amélioration du rendement de ces blocs forestiers mais aussi pour assurer leur protection environnemental.

Le rôle incontournable des GGF

Selon Hervé Duchaufour, responsable du Pool Gouvernance du programme PAIOSA qui s’occupe du volet reboisement dans ces deux régions de l’Imbo et Kumoso, le rôle des GGF est à la fois immense et courageux. Ils se chargent de toutes les activités d’amont en aval du reboisement,allant de la pépinière à la plantation des arbres et aux regarnissages. A ces activités sylvicoles, s’ajoutent les travaux d’entretien des blocs forestiers qu’ils effectuent  en début de chaque saison sèche, consistant aux dégagements et sarclages autour des jeunes plants et à l’entretien des coupe-feuxsur une dizaine de mètres de largeur. Ils assurent par ailleurs un suivi et un contrôle réguliers pour permettre à ces blocs d’être plus productifs. Ils s’organisent entre eux pour assurer une veille quotidienne afin de protéger les boisements contre les activités culturales anthropiquesou les coupes illégales et, le cas échéant, prévenir les autorités locales. Avec ces activités réalisées par les GGF, le résultat se fait sentir aussi bien à l’Imbo qu’au Kumoso, se réjouit-il. La végétation naturelle reprend vigueur. Ces essences autochtones ont toute leur importance puisqu’elles constituent des ressources multiples à prendre en compte. Les GGF en tirent bien entendu des profits considérables en termes de produits forestiers ligneux et non ligneux : Certaines essences, taillées quotidiennement en taillis, fournissent du bois de chauffage, communément appelé « bois de femme ».  D’autres essences ont une plus forte valeur ajoutéesi on les protège sur une longue durée en les laissant croître pendant plusieurs décennies. Elles pourront alors être exploitées par les générations futures soit pour la construction, soit pour se procurer du bois d’œuvre de haute qualité. En définitive, il se crée toute une régénération naturelle assistée par la maitrise du savoir-faire des GGF. Si aucune perturbation anthropique ne vient empêcher la bonne croissance de ces arbres, alors apparait, au fil des années, une cohabitation entre les essences exotiques introduites par le projet PAIOSAet les essences de la savane qui reprend vigueur (écosystème plus spécifique au Kumoso). Un important travail d’inventaire a été réalisé et au bout du compte, pas mal de fonctions écosystémiques s’observent ! Ce sont entre autres les fonctions économiques (bois, apiculture), écologiques (biodiversité, séquestration du carbone), alimentaire (fruits) et sociales (pharmacopée). Il invite donc les autorités administratives et étatiques à bien collaborer avec les GGFpour garantir un avenir durable de ces sites.

Mise en place d’un cadre tripartite, une nécessité absolue

Hervé signale que PAIOSA s’implique également dans l’accompagnement de tous les acteurs impliqués dans la mise en place de ces boisements. Le programme a organisé des ateliers participatifs dans un objectif de trouver des accords entre les GGF et les différentes parties prenantes locales, comme l’OBPE et l’Administration communale.Cesaccords-cadres tripartites, une fois bien établis,feront partie intégrante des Plans d’Aménagement Forestier communaux dont l’objet est de définir les règles de gestion et d’usage de ces ressources lorsqu’elles seront en âge d’être exploitées. A titre d’exemple, pour transformer les arbres en charbon de bois, il devrait se passer au moins une période comprise entre sept à neuf ans. Pour les ressources destinées à la construction, il s’agira d’une période comprise entre vingt et trente ans alors que les essences à très forte valeur ajoutée seront quant à elles protégées durablement par les législations forestière et environnementale. Leur bonne application devrait garantir une gestion durable de la biodiversité de ces écosystèmes régionaux.

Pour gagner ce pari, ces plans d’aménagement forestier sont en cours d’élaboration en concertation avec les GGF, les agents de l’OBPE et l’administration.

La coupe illicite des arbres, la principale cause de la déforestation

Les principales causes de la déforestation sont surtout la coupe illicite des arbres pour produire de l’énergie. Le bois est la principale source d’énergie pour les ménages ruraux. Les statistiques montrent que 95% de la population utilisent le bois comme une source d’énergie. L’utilisation du bois d’œuvre, notamment dans le secteur de la construction accélère le rythme de la déforestation. La prolifération des ateliers de menuiserie en mairie de Bujumbura est un indicateur clé du degré de dégradation de l’environnement.

Les charpentiers et les maçons se servent des planches pour faire les toitures. Le travail du bois prend une allure inquiétante à l’échelle nationale. Les stères de bois s’observent le long des routes, en attente d’embarquement pour servir dans des fours à briques ou à pain. Par conséquent, l’espace occupé par les forêts se réduit de plus en plus. Là où le bât blesse, c’est au niveau de l’exploitation des boisements pour produire du charbon. Si cette situation perdure, le pays pourrait se retrouver à court des ressources énergétiques de base. La coupe illicite des arbres est une réalité.

Le bois constitue la principale source d’énergie des ménages

Le Burundi dépend à 95% du bois pour le chauffage et la cuisson. Le bois constitue la principale source d’énergie domestique avec 96,6% du bilan énergétique global.Le charbon de bois est consomméà 77% par la population urbaine. La consommation annuelle du charbon est estimée à 56 548 tonnes pour la population urbaine de Bujumbura et de Gitega. Au niveau national, la consommation nationale du charbon de bois est de 104 718 tonnes de charbon de bois. Les villes de Bujumbura et Gitega entraineraient une perte annuelle de 3 505 à 4 673 ha de couvert forestier. Ace rythme, le couvert forestier du Burundi estimé à 171 625 ha pourrait disparaitre dans 25 à 33 ans selonl’étude sur la problématique des ressources énergétiques au Burundi. La déforestation provoque ainsi  une modification du climat aussi bien à l’échelle mondiale qu’a l’échelle locale, indique Epimeny Nibizi, directeur de l’environnement et des changements climatiques à l’OBPE.

Le pays fait face à l’exigüité des terres. D’où la réalisation des programmes de reboisement à grande échelle est remise en cause. Dans ce cas, l’agroforesterie constitue une alternative. De même, les autorités peuvent étendre les boisements le long des axes routiers. Un peu partout  dans le pays, les campagnes de plantations d’arbres sont en cours. Toutefois, les environnementaux relèvent des points faibles des plants de reboisement. Les plants d’arbres se comptent par millions. Mais les résultats sur terrain sont mitigés. Cependant, avec les réalisations de  reboisement en cours, peut-on espérer que la déforestation et ses effets pervers pourront être maîtrisés d’ici 10 ans? Wait and see!

A propos de l'auteur

Jean Marie Vianney Niyongabo.

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