Société

Rumonge : Mineures brodeuses : un métier ou une exploitation ?

Pour gagner de l’argent leur permettant d’acheter le matériel scolaire, certaines filles mineures issues de 44 familles rassemblées au centre appelé «Seminar» à Rumonge passent leurs vacances à broder des draps. Etant bon marché, elles sont souvent exploitées par ceux qui font des commandes de draps brodés   

La broderie est plus qu’un métier pour la plupart des filles mineures issues des 44 familles rassemblées au centre communément appelé « Seminar » à Rumonge. Ces familles ont perdu leurs maisons suite à la montée des eaux du Lac Tanganyika. Lorsque nous y sommes arrivés, une dizaine de jeunes filles brodaient des draps dans un hangar de format U servant à la fois de cuisine, de salon de séjour et de chambre à coucher pour ces sinistrés. Formant de petits groupes, ces jeunes filles étaient concentrées sur leur boulot et ne semblaient pas se laisser distraire par quoi que ce soit. A voir leur zèle, on dirait qu’elles exercent le métier de leurs rêves et qu’elles vont y engranger des fortunes. Pourtant, elles travaillent pour des miettes pour ne pas dire qu’elles brodent presque gratuitement.

Pour gagner de l’argent leur permettant d’acheter le matériel scolaire, certaines filles mineures issues de 44 familles rassemblées au centre appelé « Seminar » à Rumonge passent leurs vacances à broder des draps.

Un métier pas pour les mineurs

Jeanne Riziki est l’une d’elles. Elle est âgée de 13 ans et étudie en 6 ème année primaire. Avec un crochet et un fil rouge à la main, elle brode un drap depuis une semaine. Ce drap sera le troisième brodé par cette mineure pendant les grandes vacances et il lui rapportera 5000 FBu à sa remise à celui qui l’a commandé. Cette fille considérée comme la plus professionnelle de ces copines brode un drap sur une période comprise entre 2 semaines et un mois selon les dimensions du drap à broder. Cela veut dire que les autres peuvent passer plus d’un mois à broder un drap pour 5000 FBu.

Selon cette jeune fille, la broderie lui prend au moins 10 heures par jour. 10 heures assise sur un tabouret, la tête baissée vers le drap et une concentration maximale pour ne pas décevoir son client et ainsi gagner sa confiance pour les prochaines commandes. « Je travailles de 8 heures à midi puis je prends une pause de deux heures. Je recommence à 14 heures pour clôturer à 18 heures puisqu’ à cette heure, il commence à faire noir », nous fait savoir Mlle Riziki. Comme elle l’explique, la broderie n’est pas de la bouillie à boire. C’est un travail fatiguant exigeant beaucoup de concentration.

Un gagne-pain ou une exploitation ?

Comme nous l’a expliqué la maman de Riziki, les vendeurs de draps brodés négocient les prix avec les parents de ces filles. « Ces enfants ne savent rien des prix. Nous négocions les prix à leur place selon les dimensions du drap. Ceux qui font les commandes amènent tout le matériel nécessaire et ces jeunes filles ne font que broder », explique cette maman. Quand le drap brodé est fin prêt, celui qui l’a commandé vient le récupérer et paie le montant requis qui est souvent compris entre 5 et 15 mille FBu. Celui-ci le vend à son tour entre 45 et 70 mille FBu comme le fait savoir cette jeune maman.

Nous n’avons pas d’autres choix

La maman de Riziki ne nie pas que ce travail est dur pour les mineures mais estime qu’ils n’ont pas d’autres choix. Selon elle, ce métier a été une alternative pour faire face à la pauvreté dans laquelle ils baignent après avoir tout perdu suite à la montée des eaux du lac Tanganyika. « Il fallait à tout prix gagner un peu d’argent. C’est comme ça que j’ai décidé d’apprendre la broderie à ma fille et ainsi de l’occuper pendant les vacances car elle ne brode que pendant les vacances. J’ai eu de la chance parce que ma fille apprend vite », se réjouit cette jeune maman.

Elle témoigne que l’argent tiré de ce métier lui permettra d’acheter le matériel scolaire de sa fille. «Si elle brode un drap pour 15 mille par exemple, je lui donne 5000 FBu pour subvenir à ses besoins personnels et je garde les 10 mille FBu restants pour lui acheter le matériel scolaire», témoigne-t-elle. Elle regrette qu’il y a des fois où elle est contrainte d’obliger à sa fille de continuer à broder malgré la fatigue qui se lit sur son visage pour respecter le délai de livraison de la commande.

Pour épauler les parents des élèves habitant dans ce camp de déplacés, des cahiers leur ont été octroyés par les autorités provinciales et leurs partenaires comme le fait savoir Consolateur Nitunga, gouverneur de la province Rumonge.

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A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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