Editorial

Sans courant, pas de ville

Qui aurait cru qu’en quelques jours d’obscurité, le pays prendrait pleinement conscience de la fragilité de ses centres urbains ?  A Bujumbura, Gitega, Ngozi et dans d’autres grandes agglomérations, les coupures d’électricité survenues au début du mois d’août ont mis la population devant une réalité brutale. Il ne s’agissait pas d’une coupure accidentelle ou d’une négligence volontaire, mais bien d’un chantier en cours. La Regideso procède au raccordement du nouveau poste de Rubirizi à la ligne de transport 110 kV reliant Gahongore à Bujumbura. Cependant, cette situation temporaire révèle une vérité bien plus profonde et préoccupante. Sans courant électrique, la ville cesse d’exister.

Mélance Maniragaba, rédacteur en chef adjoint.

Aujourd’hui, il est indéniable que le courant est la colonne vertébrale de l’activité urbaine. Les bureaux, les banques, les compagnies de télécommunication, les boutiques, les industries, les ateliers, les hôpitaux… tous dépendent de l’électricité. La vie moderne repose sur le fonctionnement des ordinateurs, des guichets automatiques, des frigos, des machines, des systèmes de santé, de conservation des vaccins ou encore de traitement d’images médicales…Lorsque le courant est absent, les services sont suspendus, les commerces ralentissent, les générateurs prennent le relais à un coût inabordable pour le citoyen lambda. Certains entrepreneurs vont jusqu’à acheter leur propre transformateur, une solution coûteuse et difficilement accessible pour les populations à faibles revenus.

Si les travaux de raccordement en cours offrent un certain espoir de réduction des coupures, ils ne peuvent résoudre à eux seuls les défis structurels du secteur. Le problème ne réside pas seulement dans la production insuffisante, mais aussi dans la vétusté du réseau électrique. Nombre de lignes datent encore de l’époque coloniale et les câbles souterrains actuels ne sont plus capables de supporter la charge énergétique croissante. Ce qui est présenté comme une modernisation peut rapidement se transformer en illusion si les infrastructures de base ne suivent pas.

Malgré tout, une lueur d’espoir se profile à l’horizon. Le projet Accelerating Sustainable and Clean Energy Access Transformation (ASCENT) financé à hauteur de 190 millions USD par la Banque Mondiale (BM) et ses partenaires prévoit la réhabilitation du réseau électrique, notamment à Bujumbura. Ce vaste chantier vise la modernisation, la densification et le remplacement d’équipements défectueux. Si ce projet est mis en œuvre avec rigueur et transparence, il pourra changer la donne.

Le manque de courant coûte cher au pays non seulement en termes économiques, mais aussi en termes sociaux et humains. Il est temps que le courant électrique soit considéré comme une priorité nationale avec une planification sérieuse et un suivi rigoureux. Le développement passe par l’énergie et l’avenir de nos villes repose sur une alimentation électrique fiable et durable. Il faudra certes de la patience, car les changements profonds ne se réalisent pas du jour au lendemain. Si cette patience est bien investie, alors le fruit, même tardif, sera à la hauteur des attentes du peuple.

A propos de l'auteur

Mélance Maniragaba.

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