Développement

Secteur café : Les petits exploitants profitent moins de la manne

Le café est le principal produit d’exportation du Burundi. Il représente 60% de la valeur totale des exportations. La production du café vert a dépassé 22 000 tonnes en 2018, un chiffre jamais atteint il y a de cela 5 ans. Cependant, le secteur café fait face à de nombreuses contraintes qui n’arrangent pas du tout les petits producteurs. Ils ne bénéficient que d’une infime partie du gâteau. La confédération Nationale des Associations des Caféiculteurs (CNAC-Murima w’Isangi) plaide pour l’augmentation du prix au producteur

Les caféiculteurs exercent des travaux intempestifs liés à l’entretien minutieux du café (la taille, le gourmandage, le sarclage, la cueillette, le transport du café vers les stations de lavage, etc). Cependant la marge bénéficiaire reste faible

La production du café a augmenté sensiblement au cours de la campagne café 2018-2019. « La production du café cerise enregistrée au niveau des stations de dépulpage-lavage est estimée à 141 200 tonnes sur 94 000 tonnes prévues. De plus, une quantité équivalente à plus de 22 000 tonnes de café vert a été déjà vendue. Ce qui prouve réellement que la production a été bonne », se réjouit Dr Déo Guide Rurema, ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage. 

La bonne production est due surtout à l’abondance des précipitations enregistrées au cours de l’année précédente. Pour Joseph Ntirabampa, président de la CNAC-Murima w’isangi, l’organisation de la filière café n’y est pour rien. Le système déconcentré a favorisé un suivi rigoureux de toute la chaîne de production du café. Cette plateforme nationale des caféiculteurs dispose des comités de la base jusqu’au sommet (aux niveaux collinaire, provincial et national), dit-il. Et Ntirabampa de souligner que plus de 2000 moniteurs agricoles encadrent activement les caféiculteurs.

Le goût du café burundais attire toutes les convoitises 

Le Burundi dispose d’un café de meilleure qualité Personne n’en revient. Le pays peut miser sur la qualité de ce produit pour défier la concurrence des géants de la filière à l’image du Brésil. En 2014, un café en provenance de la province de Kayanza, « bastion » de la culture du café au Burundi, s’est déjà distingué au niveau mondial. Le kilo de café a été vendu à 130 USD. En octobre 2017 lors de la vente aux enchères du café à Boston aux Etats-Unis, le café burundais a battu le record mondial pour sa qualité. Le café la SDL Kibingo, en commune et province de Kayanza a été acheté à 115 USD le kilo 

Plusieurs activités sont en cours pour augmenter la productivité et améliorer la qualité du café. Ce sont notamment la restructuration et l’extension des vergers caféicoles. Les associations des caféiculteurs travaillent de concert avec les experts de l’ISABU. Ce qui prouve que le gouvernement est préoccupé par l’amélioration de la qualité du café, indique Dr Rurema. Le Projet d’Appui à la Compétitivité du Secteur Café (PACSC) finance toutes les activités visant à améliorer la productivité et la qualité du café. Désormais, les activités qui nécessitent une main d’œuvre conséquente comme la fertilisation et la taille du café se font en masse avec l’approche des champs écoles paysans. L’autre atout est que les caféiculteurs respectent le calendrier caféicole, renchérit Ntirabampa. 

Le Burundi se prépare à un autre rendez-vous crucial pour le mois prochain. Il a été choisi pour représenter les autres pays de l’Afrique dans une foire-exposition du café qui se déroulera aux Etats-Unis Ça sera une bonne occasion d’établir des contacts avec les acheteurs potentiels, mais aussi de faire déguster le café 100% made in Burundi, fait savoir le ministre Rurema. 

Le café, une plus-value pour l’économie nationale 

Le secteur café apporte 60% des recettes d’exportation. Et ce sont plus de 600 000 ménages qui bénéficient des revenus monétaires tirées du café pour subvenir à leurs besoins. Le taux d’exportation du café atteint 67% au cours de la campagne café 2018-2019. Le prix moyen du café vert sur le marché international est de 2,2 USD par kilo. Par simple calcul arithmétique, le pays pourrait tirer autour de 48,4 millions USD de l’exportation du café pendant la campagne 2018-2019. 

Le ministre Rurema fustige la spéculation des commerçants autour de ce produit. Certains d’entre-eux stockent le café sous prétexte d’attendre l’augmentation des cours. Ce qui entrave le déroulement du processus du café burundais. A côté de la productivité et la qualité du café burundais, il est grand temps que les autorités réfléchissent sur la production du café biologique. Ce type de produit séduit de plus en plus les consommateurs des pays du nord, principalement marché d’écoulement. L’Ethiopie-berceau du café-a commencé à en produire. La demande mondiale du café biologique augmente en flèche. En 2010, 105 mille tonnes de café certifié bio ont été vendus dans le monde, soit 1,4% du marché mondial.

Un déséquilibre flagrant entre les moyens de production et les recettes 

Les caféiculteurs se donnent corps et âme pour augmenter la production du café. Ils investissent beaucoup de moyens notamment pour acheter les intrants agricoles. Ainsi, le coût de production revient à 442 FBu par kilo de café cerise. Ces derniers jours, les prix des intrants s’envolent. Le prix des fertilisants (N, P, K) est passé du simple au double. A cela s’ajoutent les travaux intempestifs liés à l’entretien minutieux du café (la taille, le gourmandage, le sarclage, la cueillette, le transport du café vers les stations de lavage, etc). 

De ce qui précède, le prix de 500 FBu par kilo établi par le ministère de tutelle reste très bas en tenant compte de la dépréciation de la monnaie burundaise. La question qu’on peut se poser est de savoir ce que le caféiculteur peut faire avec 500 FBu., s’interroge M. Ntirabampa faisant allusion à la dépréciation de la monnaie burundaise. 

Les conséquences risquent de dégénérer  

Par ailleurs, cela renforce la concurrence accrue de la part des cultures vivrières. A titre illustratif, le prix d’un kilo de grains de tournesol-culture récemment introduite- revient à 600 FBu alors que ce n’est même pas un produit exportable, déplore Ntirabampa. Il reconnait que l’augmentation des prix dépend de beaucoup de paramètres (taux de change, cours du café sur le marché international, …).  Mais il fallait tenter le coup et donner au moins 1000 FBU par kilo de café cerise. Le Burundi offre le prix le plus bas dans la sous-région. Les caféiculteurs « téméraires » qui ont réussi à franchir la Kanyaru ont engrangé l’équivalent de 3 100 FBu par kg de café cerise. La fraude n’est pas un comportement à encourager mais ce phénomène démontre à suffisance que le prix du café reste dérisoire. 

Le ministre en charge de l’agriculture persiste et signe que le gouvernement défend les intérêts des caféiculteurs. Ces derniers apprécient le prix du kilo de café cerise, certifie-t-il. Il compare ce prix aux ceux des années passées oscillant entre 250 FBu et 400 FBu par kilo de café cerise avec parfois des impayés cumulatifs. Dr Rurema annonce que des concertations avec tous les intervenants dans le secteur vont être menées pour se convenir sur un prix qui valorise le caféiculteur. Les études menées sur le secteur café dénoncent une répartition inégale des recettes du café. Pour le café arabica, les producteurs reçoivent moins de 4% du prix de vente final.  Les détaillants en gardent 20% et les torréfacteurs 70%, lit-on dans l’étude de l’Agence des Etats-Unis pour le Développement (USAID). 

La nouvelle campagne café approche à grand pas

La surproduction du café a pris au dépourvu les stations de lavages qui n’étaient pas conçues pour traiter des quantités importantes de cerises. Le murissement du café étant un processus continu, ce n’était pas facile de pallier à l’engorgement, témoigne le président de la CNAC-Murima w’Isangi. La solution intermédiaire a été de créer des centres de collecte du café pour permettre aux propriétaires des stations de lavage justifiant d’une grande capacité de s’approvisionner. Cela n’a pas empêché les effets négatifs de peser sur le secteur café. Certains dépulpeurs séchaient le café à même le sol sur des shittings. Dans ces conditions, la qualité du café est remise en cause, commente Ntirabampa. 

Le président de la CNAC rassure que la production de la prochaine campagne (2019-2020) soit en dessous de celle de la campagne précédente (2018-2019). La CNAC table sur une production d’au moins 15 000 tonnes de café vert. Les quelques 300 stations de lavage réparties sur le territoire vont traiter la quantité produite. Les stations de lavage relancent les activités bientôt. Les dépulpeurs ont été convoqués pour récupérer les licences de production la semaine dernière. Certaines stations de lavage des provinces de Kirundo et Cibitoke ont déjà redémarré les activités. Elles sont priées de se conformer aux exigences du ministère en charge de l’agriculture. Sinon elles s’exposent au risque d’être rayées de la liste comme les 9 coopératives et sociétés qui viennent de perdre le droit d’exercer dans la filière café.

A propos de l'auteur

Benjamin Kuriyo.

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