Les gens commencent à développer d’autres formes de sources de financement pour initier des activités génératrices de revenus. La source la plus visible dans les quartiers de la municipalité de Bujumbura est dénommée Saving Internal Loaning Community (SILC). En français, ce sont des communautés d’épargne interne et de credit. Les membres des SILCs disent que c’est parce que les taux d’intérêts dans les IMFs sont élevés. Le Réseau des Institutions de Microfinance balaie ces accusations du revers de la main. Pourtant, il qualifie ces groupes de bonnes pépinières des IMFs.

Pour toutes ces raisons, Kamikazi demande aux membres des SILCs d’approcher les IMFs pour la réussite de leurs activités.
Une autre forme de financement des projets est en train d’être développée dans différents quartiers de la ville de Bujumbura. On l’appelle Saving Internal Loaning Community (SILC). Les gens qui se connaissent se mettent ensemble et fixent le montant à cotiser pour constituer le capital. Le montant à cotiser dépend des moyens financiers dont les membres du groupe disposent. Joselyne Niyonsaba, est un des membres d’un SILC. Elle habite le Quartier Musaga et exerce le business de mise en location des habits au centre ville de Bujumbura. «Nous nous rencontrons le 2ème dimanche de chaque mois. Nous sommes au nombre de 25 personnes dont 18 femmes et 7 hommes. Nous avons un petit texte qui nous régit», relate Niyonsaba.
A chaque rencontre, chaque membre a l’obligation de donner une contribution (épargne) qui varie entre une action et dix actions. Chaque action coûte 10 000 FBu. Après avoir terminé de collecter ces frais appelés épargne, on procède à l’octroi des crédits à ceux qui en ont besoin. Le montant du crédit qu’on accorde au demandeur est inférieur ou égal à trois fois le montant de son épargne. Si ton épargne est égale à 500 000 FBu, tu as droit à un crédit ne dépassant pas 1 500 000 FBu. Dans son SILC, le délai de remboursement est de trois mois avec un taux d’intérêt de 3%. S’arroger le droit de dépasser ce délai a des conséquences. Il s’agit de rembourser le crédit à un taux de 5%. Le choix des membres du SILC se base sur la confiance. Ce sont des gens qui travaillent dans une même société, qui habitent la même avenue, qui sont natifs d’une même colline, etc. Bref, ce sont des gens qui se connaissent bien. Ces critères ont pour objectif de pouvoir gérer le risque de crédit comme on le fait dans les banques ou IMFs.
Les membres des SILCs s’en réjouissent
Niyonsaba se réjouit de l’existence de ce SILC. Elle a actuellement accès au crédit pour financer ses petits projets. Elle remercie les initiateurs de cette source de financement. C’est le même son de cloche pour Jonas Ciza, commerçant des denrées alimentaires au quartier Nyakabiga. «Vive notre SILC», se réjouit Ciza. Selon lui, il est devenu facile de financer son busines à base de SILC. On peut lui accorder un crédit de 1 000 000 FBu remboursable dans 3 mois avec un taux d’intérêt de 3%. Il indique que les salariés membres des SILCs ne contractent pas des découverts dans les IMFs ou les banques. S’ils en ont besoin, ils s’adressent directement à leurs SILCs respectifs.
Les taux d’intérêts jugés élevés dans les IMFs
Ciza indique que le SILC est devenu le moyen le plus préféré pour financer un petit projet par rapport aux IMFS ou aux banques, où les taux d’intérêts sont élevés. Et d’ajouter d’autres frais comme les frais de dossier, du notaire, d’épargne et d’assurance. L’exemple frappant est de quelqu’un qui s’est confié à Burundi Eco. Il detient un compte dans l’une des microfinances de la capitale économique. Il a demandé un découvert de 6 mois. Il voulait un montant de 600 000 FBu. Nonobstant, on lui a dit qu’un découvert de 6 mois n’existe pas. Si le découvert dépasse 3 mois, il devient un crédit. Après analyse du dossier, on a accepté de lui accorder un montant de 465 000 FBu au lieu des 600 000 FBu qu’il voulait. Cette analyse du dossier qui dure 15 jours, selon notre source, n’est pas gratuite. Elle vaut 5% du montant global du crédit. De surcroît, on t’impose une épargne de 10% du crédit global qu’on va te remettre avec intérêt après le remboursement du crédit global. Et d’ajouter les frais destinés au notaire. On lui a retranché 19 000 FBu. Après lui avoir retiré tous ces frais, il est rentré avec un montant de 387 000 FBu.
Les SILCs, une opportunité au lieu d’un défi pour les IMFs
Pour Marie Louise Kamikazi, directrice exécutive du Réseau des Institutions de Microfinance (RIM), les SILCs constituent une opportunité au lieu d’un danger pour les IMFs. Selon elle, une fois qu’il a été membre d’un SILC, le client d’une IMF est plus crédible. C’est un client doté d’une certaine expérience dans la notion d’épargne. De surcroît, il sait qu’il a l’obligation de rembourser la dette contractée. Pour toutes ces raisons, Kamikazi qualifie les SILC de bonnes pépinières des IMFs. Le fait que les gens commencent à s’organiser pour voir comment initier des activités génératrices de revenus présente un atout pour les IMFs. lls commencent à changer de comportement. Ils ont compris que s’ils ne travaillent pas, ils ne vont pas trouver de quoi mettre sous la dent. Pour y parvenir, ils doivent constituer un capital. Ce dernier doit provenir de quelque part. Se mettre ensemble dans les SILCs est donc un des moyens pour gagner le pari. De plus, ils y acquièrent la culture d’épargne. Ce qui est très important pour les IMFs.

Pour Marie Louise Kamikazi, directrice exécutive du Réseau des Institutions de Microfinance (RIM), les SILCs constituent une opportunité au lieu d’un danger pour les IMFs.
Les défis relevés par le RIM
Cependant, même si les membres des SILCs pensent que les crédits dont ils bénéficient sont moins chers, Kamikazi fait savoir que ce n’est plus le cas. Par contre, ils sont très coûteux. Le taux d’intérêt varie d’un SILC à l’autre. Tantôt il est fixé à 1%, à 2%, à 3% par mois, etc. C’est-à-dire qu’il est de 12%, 24%, 36% par an, etc. De plus, la durée de remboursement est courte. Elle est souvent fixée à 3 ou 6 mois. Cette courte durée constitue une entorse au remboursement. L’argent à rembourser peut ne pas être disponible le jour où on doit s’acquitter de la dette, car il y a eu un problème au niveau de la gestion de la trésorerie ou parce que l’activité n’a pas bien marché. Selon Kamikazi, si tu ne parviens pas à trouver de l’argent pour rembourser la dette, tu es obligé de te dépouiller de quelque chose , soit une vache, une chèvre, etc. Tu es un peu stigmatisé, car tous les membres du SILC te connaissent et sont au courant de ta situation. Par contre, dans les IMFs, la confidentialité est de rigueur.
Kamikazi ajoute que les crédits qu’on octroie dans les SILCs sont maigres à tel point qu’ils ne leur permettent pas de s’épanouir dans l’extension de leurs projets. Selon elle, les membres de SILCs finissent par avoir besoin de capitaux consistants remboursables sur une longue durée (deux ans et plus).
Pour toutes ces raisons, Kamikazi demande aux membres des SILCs d’approcher les IMFs pour la réussite de leurs activités. Le RIM sait déjà que ces groupes existent. Elle les invite à collaborer avec les IMFs pour un avenir meilleur.
Les taux d’intérêts dans les IMFs, sont ils élevés ?
A ceux qui disent que les taux d’intérêts dans les IMFs sont élevés, Kamikazi rétorque que c’est relatif d’une IMF à une autre. C’est le même cas pour la fixation des frais de dossier, d’assurance et de notaire. Si on les compare par exemple avec ceux des autres cadres de financement entre autres les usuriers, ceux des IMFs ne sont pas exorbitants. Certains usuriers offrent des crédits à un taux d’intérêt qui est fixé à 100% (Ingerane). Selon elle, les usuriers exigent des taux d’intérêts trop élevés par rapport à ceux des IMFs et des garanties très costauds. Et d’ajouter qu’on utilise une formule très contraignante pour se faire rembourser. Pourtant, ils partagent le même marché. C’est la même population cible. Si on compare les taux d’intérêts exigés par les IMFs et ceux des usuriers, Kamikazi fait savoir que ceux des IMFs sont minimes. Selon toujours elle, pour fixer les taux d’intérêts dans les IMFs, on se base sur le coût d’acquisition des ressources. Les IMFs acquièrent les ressources auprès des banques. Et de marteler que ces ressources ne sont pas gratuites. A cela s’ajoute les frais de fonctionnement, les salaires du personnel, les frais de location des infrastructures, etc. On tient aussi compte de la marge bénéficiaire, car l’IMF doit être viable.
Sur base du taux d’usure fixé par le régulateur (BRB) et après avoir évalué tous les paramètres évoqués ci -haut, l’IMF fixe enfin le taux d’intérêt. C’est pourquoi les taux d’intérêt varient d’une IMF à une autre. Cela dépend de leurs ressources financières. Certaines IMFs ont des appuis ici et là alors que d’autres n’en ont pas. Donc, leurs taux d’intérêts ne peuvent pas être les mêmes.
Notons qu’un agent d’une des banques de la place opérationnelle dans la municipalité de Bujumbura a fait remarquer que les SILCs ont une incidence négative sur l’état financier des IMFs et des banques. Selon lui, l’effectif des gens qui y contractent des découverts diminue.




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