Grâce à son courage et à sa détermination, Mme Spéciose Nshimirimana est l’une des rares femmes du milieu rural à avoir pu s’acheter deux voitures grâce à son commerce. Selon elle, pour se développer, une jeune fille ou une femme burundaise doit se lever et agir afin de briser les barrières que lui impose la société.

Mme Spéciose Nshimirimana :« Avec la confiance et le travail assidu, rien n’est impossible ».
Nous avons rencontré Spéciose Nshimirimana, 39 ans, au marché d’Isale, là où elle vend le riz. Cette commerçante nous a raconté qu’après son mariage en 2006, elle a constaté que les finances du foyer étaient instables. « C’est alors que j’ai retroussé les manches et décidé de me lancer dans le commerce », dit-elle. Quelqu’un lui a accordé un crédit de 20 000 FBu, et elle a commencé à acheter des bananes mûres pour les revendre. Ensuite, elle est tombée enceinte. A cause des conflits politiques qui régnaient dans le pays et de sa santé fragile, elle a dû suspendre.
Plus tard, elle a repris avec la vente de l’huile de palme. Cela a bien marché au point qu’elle a pu acheter une moto en 2011. « Je l’ai confiée à un motard qui me versait régulièrement des paiements. Pendant ce temps, je continuais à vendre l’huile de palme », se souvient-elle. Après 4 ans, elle a décidé de revendre ses deux motos. Grâce à cette vente et aux versements réguliers, elle a pu accumuler 11 millions. Elle a alors pensé à acheter une voiture. Elle a pris les 11 millions de FBu obtenus grâce aux deux motos, y a ajouté 3,5 millions de FBu et acheté une voiture à 14,5 millions.
Ensuite, elle a acheté une parcelle à Rushubi pour 4,5 millions de FBu. « J’ai construit une maison et j’y habite avec ma famille. Nous avons 8 enfants, dont l’aîné a 19 ans. J’ai vraiment évolué », se réjouit-elle. Lorsque nous l’avons rencontré, elle attendait un véhicule de marque Dyna qu’elle avait commandé pour lui faciliter la tâche dans son métier.
Un chemin parsemé d’embûches
Pour arriver à ce succès, Mme Nshimirimana a rencontré pas mal d’obstacles. « D’autres hommes disaient à mon mari de m’interdire de faire du commerce, lui expliquant qu’une femme qui a beaucoup d’argent ne respecte pas son mari », dit-elle. Il lui a alors interdit de continuer le business. Par respect, elle a obtempéré à son injonction. Mais ils ont commencé à régresser et son mari s’en est aussi rendu compte. Il est donc revenu sur sa décision en disant qu’il avait été mal influencé.
Elle ne nie pas qu’il existe une catégorie de femmes qui, lorsqu’elles reçoivent beaucoup d’argent, commencent à dénigrer leurs maris. « Si le mari s’oppose, il faut d’abord le respecter, puis lui faire comprendre doucement et régulièrement. Souvent, il finit par accepter. Le mien, ce qui l’a fait changer, c’est qu’il voyait que je le respectais, que je le tenais informé chaque fois que je sortais », explique-t-elle.
Elle regrette que la plupart des femmes burundaises ne veulent pas commencer à chercher de l’argent, disant qu’elles n’en sont pas capables. « Il faut savoir que même si vous avez un mari qui subvient à tous les besoins de sa famille aujourd’hui, il peut arriver qu’il soit dépassé. Il faut alors que la femme prenne le relais », dit-elle. D’autres, parmi celles qui ont osé commencer, abandonnent dès qu’elles rencontrent des difficultés. « A celles-là, je dis: continuez! C’est souvent quand on est sur le point de lâcher que les choses commencent à aller mieux », fait-elle savoir.
L’appel qu’elle lance aux femmes burundaises est de se lever pour assurer leur développement économique. « Même sans capital, on peut se rapprocher d’autres femmes, se former ensemble. Il existe maintenant des associations qui peuvent vous prêter un petit capital. Ensuite, il faut le faire avec sérieux et persévérance: avec la confiance et le travail assidu, rien n’est impossible », assure-t-elle. Elle insiste aussi sur l’importance d’inculquer à leurs jeunes filles que la femme ne doit pas toujours dépendre de l’argent de son mari. « Mes enfants sont tous à l’école, mais pendant les vacances, ils m’aident dans mon commerce », conclut-elle.




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