Environnement

Tanganyika sous plastique : le Burundi face à l’urgence écologique

Le lac Tanganyika, joyau naturel et source vitale d’eau potable pour une grande partie de la capitale économique Bujumbura, est aujourd’hui menacé par des tonnes de déchets plastiques qui s’y déversent quotidiennement. Nezerwa Investment Group, tire une sonnette d’alarme en révélant avoir collecté plus de 76 000 tonnes de plastiques sur le littoral du lac, entre Gatumba et Ruziba, depuis le mois de janvier 2025. Ce chiffre, aussi impressionnant qu’inquiétant, illustre l’ampleur du fléau.

Avec la prolifération des boissons en bouteilles plastiques, la quantité des déchets plastiques errants augmente considérablement.

 

Les plastiques traînent dans les caniveaux, dans la nature… Ils sont partout dans les villes et les centres urbains du Burundi. Avec la prolifération des boissons en bouteilles plastiques, la quantité des déchets plastiques errants augmente considérablement. Même si cela semble ne pas être une préoccupation majeure pour une grande partie de la population, ces plastiques finissent leur course dans les rivières et dans le lac Tanganyika. Nezerwa Investment Group, entreprise spécialisée dans la collecte et le recyclage des déchets plastiques, a recensé plus de 76 000 tonnes de déchets plastiques collectés uniquement sur le littoral du lac, dans un périmètre situé entre Gatumba et Ruziba depuis janvier 2025.

Comme l’a expliqué Mme Calinie Mbarushimana, ministre ayant l’environnement dans ses attributions, cette pollution de l’environnement en général et du lac Tanganyika en particulier, entraîne des conséquences néfastes tant sur l’économie nationale que sur la santé publique. Surtout que le lac Tanganyika constitue une source vitale de l’eau consommée par une grande partie de la population de Bujumbura. La reproduction des poissons est également perturbée par les déchets, surtout plastiques, qui s’accumulent dans les zones de fraie. Ce qui impacte fortement l’économie nationale.

Des initiatives à faible portée

Plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour lutter contre la pollution plastique au Burundi. Parmi elles, le décret présidentiel de 2018 interdisant la fabrication, l’importation, le stockage, la vente et l’utilisation des sachets et emballages plastiques. Des dérogations limitées sont accordées à certaines entreprises à condition qu’elles assurent le recyclage ou la valorisation de ces déchets. Malheureusement, la mise en œuvre de ce décret reste problématique.

Sur ce point, M. Silas Bucumi, responsable de Nezerwa Investment Group, déplore la lenteur: « Nous investissons beaucoup de fonds dans la collecte de ces plastiques malgré le décret de 2018. Nous demandons au gouvernement de le faire respecter », dit-il. Selon lui, si les entreprises concernées ne font rien pour récupérer ces plastiques, le gouvernement devrait au moins taxer les importateurs et les fabricants afin de soutenir les sociétés œuvrant dans la collecte et le recyclage de ces plastiques.

Une éducation à construire

Le geste de jeter les déchets dans les poubelles doit être inculqué aussi bien aux jeunes qu’aux adultes burundais. Autrefois, on croyait que la présence des déchets dans la nature était due à l’insuffisance des poubelles. Mais force est de constater que les déchets sont parfois jetés juste à côté des poubelles. « Le gouvernement sait préparer de bons discours, mais tant que ces discours ne sont pas accompagnés de travaux concrets, il y aura toujours des défaillances dans cette lutte contre la pollution plastique », affirme Bruce Bigirimana, participant aux activités marquant la célébration de la journée dédiée à l’environnement. Au Burundi, cette journée a été couplée à la journée nationale dédiée à la protection du lac Tanganyika. Les deux événements ont été célébrés sous un thème commun: « Mettons fin à la pollution plastique ».

« Qu’est-ce qu’on n’a pas dit sur les méfaits du plastique aujourd’hui? Mais regarde-moi ça. Moins d’une heure après la cérémonie, les bouteilles en plastique sont déjà éparpillées partout », ajoute-t-il en montrant les déchets plastiques dans la cour du stade Olympafrica, lieu de la célébration. Pour lui, cela montre que la population n’a toujours pas compris et qu’il faut intensifier les séances de sensibilisation.

La manifestation de la volonté gouvernementale, plus que nécessaire

Nezerwa Investment Group a adopté une stratégie d’achat des bouteilles plastiques auprès des collecteurs. Pour un kilo de plastique collecté, la société paie 200 FBu et 400 FBu pour ceux qui collectent à partir d’une tonne. Cette méthode motive les collecteurs qui savent qu’ils peuvent gagner un peu d’argent. Une stratégie adaptée à un pays comme le Burundi où les revenus sont faibles. Toutefois, cette approche pourrait ne pas durer si la motivation repose uniquement sur le gain financier. M. Bucumi propose d’introduire l’éducation environnementale dans les cursus scolaires afin de sensibiliser les jeunes aux impacts néfastes du plastique.

La lutte contre la pollution plastique est un combat mondial. Le Burundi devrait s’inspirer des pays qui ont réussi à réduire considérablement ce fléau. Plusieurs nations ont interdit les plastiques à usage unique et promu des alternatives durables comme le verre, le métal ou le bois. Le recyclage des déchets plastiques commence à s’installer timidement au Burundi. Des sociétés émergent dans ce secteur, mais elles rencontrent des difficultés, notamment dans la collecte des déchets plastiques souvent jetés dans la nature ou mélangés avec d’autres ordures. Le tri sélectif, pourtant recommandé depuis longtemps par les environnementalistes, reste peu pratiqué. Les investisseurs demandent une volonté politique renforcée pour lutter efficacement contre la pollution plastique.

Selon Léonard Butoyi, assistant du ministre ayant l’environnement dans ses attributions, le gouvernement procède actuellement à la sensibilisation de la population, mais prévoit de passer à l’étape des sanctions pour les personnes qui jettent les déchets n’importe où.

A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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