Le gouvernement du Burundi entame une vaste campagne de recensement de ses fonctionnaires à l’échelle nationale. Cette activité fait grincer les dents dans les rangs des fonctionnaires. Les syndicalistes dénoncent un processus exclusif qui viole la vie privée, les droits de l’homme et la loi fondamentale. Ils menacent de recourir à d’autres voies et moyens pour impulser le dialogue social sur les préoccupations des employés
La campagne de recensement des fonctionnaires est entachée d’anomalies techniques « Apparemment, les agents recenseurs ne maîtrisaient pas parfaitement l’application conçue pour cette fin. Ils mettent du temps pour compléter le formulaire en ligne », commente un fonctionnaire. Dans certaines régions du pays, renseigne notre source, la connectivité n’est pas effective. « Ainsi, les enquêtés devraient parcourir des dizaines de kilomètres pour se faire enregistrer alors que le recensement devrait se dérouler sur les lieux de travail », s’indigne B.J. Cette activité devrait durer 48 heures, mais des anomalies techniques ont été constatées dès la première journée. Le téléchargement des données étaient tellement lent. Finalement, le ministère en charge de la fonction publique a décidé de prolonger le délai préalablement établi pour le recensement des fonctionnaires de l’Etat jusqu’à nouvel ordre.
Une violation de la vie privée ?
Un fonctionnaire qui a requis l’anonymat affirme que le recensement général des fonctionnaires viole en quelque sorte la vie privée des personnes. « On devrait répondre à des questions du genre quel est votre le salaire, quel est l’effectif des enfants ou des personnes à votre charge, des enfants obtenus hors du foyer conjugal, etc. Et on répondait à un agent enquêteur avec la possibilité d’être captées par d’autres qui se trouvaient sur la file d’attente ». Au moins si c’était dans un bureau pour protéger la vie privée des personnes, regrette-t-il.

Les syndicalistes recommandent au gouvernement de surseoir au recensement actuel des travailleurs et d’entamer les consultations avec les partenaires.
Là où le bât blesse, les fonctionnaires devaient décliner leur identité et leur ethnie. Certains fonctionnaires refusaient carrément de préciser leur ethnie alors que d’autres faisaient de fausses déclarations. Dans de pareilles situations l’authenticité des données est remise en cause.
Trois confédérations et fédérations des syndicats des travailleurs, à savoir : la COSYBU, la COSESONA, et le CSB) décrient un recensement qui bafoue les droits des fonctionnaires. Ils sont unanimes sur le fait que ce recensement s’attaque à la vie privée des travailleurs en violation de la Constitution et de la Déclaration universelle des droits de l’homme et risque de compromettre la cohésion sociale en milieu de travail.
Une compréhension commune s’impose
Les syndicalistes recommandent au gouvernement de surseoir au recensement actuel des travailleurs et d’entamer les consultations avec les partenaires. Cela dans le but d’avoir une compréhension commune de certaines questions qui violent les normes nationales et internationales. « Les questionnaires relatifs audit recensement n’ont pas été validés par les partenaires sociaux. Ce qui risque de remettre en cause la vie syndicale », déplorent-ils.
Les syndicalistes expliquent que cela viole la Constitution en ses articles 19 et 37 et les dispositions conventionnelles de l’OIT à travers les conventions 87 et 98 qui consacrent respectivement la liberté syndicale et la négociation collective.
Une goutte qui fait déborder le vase
Ce recensement tant décrié attise la colère des syndicalistes. Ils rappellent leur rôle fondamental de promouvoir et de protéger les intérêts socioprofessionnels des travailleurs et travailleuses en vue de pérenniser l’emploi. Force est de constater que les représentants syndicaux ne cessent d’être marginalisés et sont parfois assimilés aux opposants politiques, lit-on dans le communiqué sanctionnant la conférence de presse de ce mardi 25 octobre 2020.
Les syndicalistes ont profité de l’occasion pour soulever d’autres préoccupations qui hantent les travailleurs. Ce sont notamment le dialogue social rompu, la politique salariale, le dégel des annales, etc. Concernant cette dernière préoccupation, le gouvernement avait promis de liquider cette question, mais rien ne certifie que les fonctionnaires seront rétablis dans leurs droits tels que souhaités par les syndicalistes.
Une bombe à retardement ?
La plateforme des syndicats œuvrant au Burundi tend la main au gouvernement pour faciliter le dialogue social qui, de par le passé, a démontré sa capacité à pérenniser la paix et la justice en milieu de travail.
Le dialogue social est compromis dans le sens où les accords convenus entre le gouvernement et ses partenaires sociaux sont violés au vu et au su de tout le monde. Les syndicalistes recommandent au gouvernement de respecter la règlementation nationale et internationale en matière du travail. A défaut de quoi, les syndicalistes menacent de recourir pat d’autres voies et moyens leur reconnues par les lois nationales et internationales pour défendre les droits de fonctionnaires.
Joint au téléphone, la ministre de la Fonction Publique n’a pas souhaité réagir aux préoccupations des fonctionnaires. « Nous n’avons pas encore trouvé de cadre pour nous exprimer sur le sujet. Et ce n’est nullement à travers un appel téléphonique que nous allons communiquer », a-t-elle indiqué avant de raccrocher.
L’article 17 de la Constitution du Burundi stipule que les droits et les devoirs proclamés et garantis par les textes internationaux relatifs aux droits de l’homme et les règlements ratifiés font partie intégrante de la Constitution.
L’article 37 de la Constitution du Burundi reconnait aux travailleurs le droit de fonder des syndicats ainsi que le droit de grève.




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