Economie

Vers une stabilisation macroéconomique à travers un programme ambitieux de réformes

La Banque de la République du Burundi (BRB), en collaboration avec le ministère des Finances, du Budget et de l’Économie Numérique, a organisé une conférence-débat sur les réformes économiques destinées à renforcer la stabilité financière du pays le 14 août 2025 à Bujumbura. A cette occasion, le ministre des Finances, Alain Ndikumana, a présenté le Programme des réformes pour la stabilisation macroéconomique couvrant la période 2025-2027. C’est un plan stratégique visant à consolider la croissance et à renforcer la résilience de l’économie burundaise face aux chocs internes et externes.

Le ministre en charges des finances Alain Ndikumana reconnait que malgré les progrès réalisés dans la réforme fiscale, la digitalisation et la consolidation budgétaire, certaines fragilités persistent, notamment dans l’unification du taux de change, la maîtrise du financement monétaire et le fonctionnement des institutions de coordination.

Selon les statistiques présentées, l’économie burundaise a montré une capacité de résilience remarquable, affichant une croissance positive malgré un environnement intérieur et extérieur particulièrement volatil. Le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 3,9 % en 2024, contre 3,3 % en 2023. Cependant, certains déséquilibres macroéconomiques restent préoccupants. Le déficit budgétaire s’est élargi à 8,3 % du PIB au cours de l’exercice 2023-2024, tandis que les réserves de change demeurent très faibles, représentant seulement 1,4 mois d’importation à fin mars 2025.

La dette publique totale, bien qu’en légère amélioration à 54,3 % du PIB à mi-2024 reste sous pression malgré un recul notable de l’endettement intérieur. Ces vulnérabilités économiques ont rendu nécessaire la mise en œuvre d’un programme de réformes intégré et cohérent, couvrant les aspects macroéconomiques, financiers et structurels.

Le programme 2025-2027 fixe plusieurs objectifs prioritaires : renforcer les bases d’une croissance économique solide, durable et inclusive ; assurer une gestion efficace des finances publiques en mettant l’accent sur la performance et la mobilisation des ressources ; adopter une approche coordonnée de la politique monétaire, fiscale et de change ; promouvoir la stabilité du secteur financier ; et améliorer le cadre de gestion des politiques structurelles via un renforcement de la gouvernance.

Evaluation des réformes précédentes

Le programme révisé s’inscrit dans la continuité des réformes engagées en 2023 avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI). Ces réformes ont notamment porté sur la consolidation fiscale par l’élargissement de l’assiette fiscale, la lutte contre la fraude, la digitalisation des procédures et la rationalisation des dépenses. Parmi les mesures fiscales adoptées figurent la généralisation de la souscription à une Carte d’Assistance Maladie (CAM), la simplification du régime d’imposition des petits contribuables, ainsi que l’instauration de nouvelles taxes sur les activités financières, les permis de construire, le secteur des télécommunications et les services d’hébergement.

L’Office Burundais des Recettes (OBR) a reçu un mandat spécifique pour collecter les recettes issues de la location des stands et des boutiques, selon une clé de répartition innovante entre le Trésor et les communes. Par ailleurs, le déploiement du système de facturation électronique et la mise en place de plateformes de télédéclaration et de télépaiement ont été réalisés pour les moyens et grands contribuables. Dans le domaine financier, la stratégie de gestion de la dette à court et moyen terme a été révisée et de nouvelles institutions ont été mises en place, telles que l’Autorité de Régulation du Marché des Capitaux (ARMC) et la Bourse des Valeurs Mobilières du Burundi (BVB).

Politique monétaire, stabilité financière et politique de change retouchées

Sur le plan monétaire, le taux de refinancement a été révisé à 10 % dans le cadre d’une démarche de normalisation. Le financement monétaire du déficit, bien que partiellement mis en œuvre, reste un point de fragilité en dépit d’une convention limitant les avances du Trésor à 10 % des recettes de l’année précédente. Le ciblage monétaire évolue progressivement vers un ciblage de l’inflation avec le taux directeur comme outil principal. Parallèlement, un comité dédié à la promotion de ces réformes a été institué pour assurer la coordination entre les politiques budgétaire et monétaire, tandis que le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR) renforce la sécurité du système bancaire.

Le programme prévoit également des mesures visant à améliorer la transparence du marché des changes. Plusieurs restrictions ont été supprimées, mais l’unification des taux de change officiel et parallèle, initialement prévue pour fin 2023, n’a pas encore été réalisée. L’ajustement du taux de change en mai 2023 a révélé la nécessité de mener une analyse détaillée des risques et de définir des mesures correctives. Les réserves limitées continuent de restreindre la capacité d’intervention sur le marché des changes, malgré des efforts pour clarifier la gestion de l’or, dont l’audit spécial a été retardé par la migration informatique de la BRB.

Réformes structurelles et gouvernance

Le programme comprend également des réformes structurelles dans différents secteurs. Le Plan National de Développement (PND) a été révisé pour s’aligner sur la Vision Burundi Pays émergent en 2040 et Pays développé en 2060. Dans le secteur minier, un nouveau code a été adopté et le Burundi est sur le point d’achever son adhésion à l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE). Dans le domaine agricole, des mesures telles que la subvention des engrais, l’irrigation à grande échelle, la mécanisation et le développement des infrastructures pour la production et la transformation agropastorale sont mises en œuvre.

Le soutien au secteur privé se poursuit par le biais des programmes tels que le PAEEJ, la BIJE, la BIDF et le FIGA, visant à promouvoir l’entrepreneuriat et à renforcer la contribution du secteur privé à la croissance nationale, passée de -0,5 % entre 2018 et 2021 à 0,8 % entre 2022 et 2024. Une politique nationale du tourisme est également en cours d’élaboration. Sur le plan de la gouvernance, un audit des dépenses liées à la pandémie de COVID-19 a été réalisé, consolidant ainsi la transparence dans la gestion publique.

Malgré les progrès tangibles réalisés dans la réforme fiscale, la digitalisation et la consolidation budgétaire, certaines fragilités persistent, notamment dans l’unification du taux de change, la maîtrise du financement monétaire et le fonctionnement des institutions de coordination. Le programme révisé 2025-2027 vise à finaliser ces réformes, à garantir leur soutenabilité et à asseoir les fondations d’une croissance inclusive et résiliente. Les priorités incluent l’achèvement de la transition vers le ciblage de l’inflation, la mise en œuvre effective du budget-programme, la dynamisation du marché financier domestique et l’élargissement de l’espace budgétaire grâce à des mesures structurelles.

En définitive, ce programme ambitieux traduit la volonté du gouvernement burundais de consolider la stabilité macroéconomique, d’améliorer la gestion des finances publiques et de créer un environnement propice à la croissance économique durable, tout en renforçant la résilience du pays face aux défis internes et externes.

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A propos de l'auteur

Gilbert Nkurunziza.

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