La zone de Gatumba de la commune Mutimbuzi en province de Bujumbura connait un commerce particulier de poissons. Bien qu’elle présente des atouts pour beaucoup de personnes, cette activité est mal vue par d’autres. Un reporter de Burundi Eco s’est rendu sur place. Reportage
La journée était très ensoleillée. A 15 heures passées, le ciel est toujours clair au-dessus du centre de négoce de Gatumba. Nous empruntons un sentier en terre battue. A une cinquantaine de mètres, au fond du quartier Gaharawe dans la zone de Gatumba, un commerce particulier de poissons s’est développé. Plusieurs personnes sont sur place. Le feu est toujours allumé par endroits. Des fumées mêlées d’odeurs de poissons grillés coupent le souffle aux passants. Sur une vaste parcelle non bâtie, le sol est couvert de cendres où grouillent des personnes occupées à ramasser de petits poissons.
Comme des nattes étendues par terre, de petits poissons couvrent le sol. Les enfants sont les plus nombreux. Ils travaillent en silence. Ces derniers qui sont venus chercher quelques sous ont de la peine à étouffer leur envie et n’hésitent pas à bouffer un poisson grillé à la volée. Parfois, leur patronne les gronde et les menace de ne pas les payer s’ils ne font pas mieux.

Le groupe de détaillants est largement dominé par les femmes qui disposent de petits capitaux.
Un business payant
Nous nous approchons de ces personnes occupées à ramasser un à un les poissons qu’ils chargent ensuite dans des bassines avant de les mettre sur le marché. Une vendeuse de poissons venue assécher son poisson a accepté de nous parler. Son visage et son physique font penser à une femme âgée qui ne baisse pas les bras devant les batailles de la vie. Selon elle, ces poissons ne sont pas pêchés dans le lac Tanganyika. « Non, les poissons que tu vois ici ne viennent pas du lac Tanganyika, mais plutôt des flaques d’eau », explique-t-elle. Ce qui signifie que les moyens utilisés sont moins chers. C’est aussi une pêche qui échappe à la réglementation.
M. N, une femme entre deux âges rencontrée sur place affirme qu’elle peut gagner autour de 15 000 FBu si elle parvient à écouler un bassin rempli de poissons. Malheureusement, elle indique que cela coûte cher alors qu’elle ne dispose que d’un petit capital. « Nous achetons un bassin rempli de poissons entre 35000 et 40000 FBu », affirme-t-elle avant d’ajouter qu’elle ne dispose que d’un capital pour un seul bassin de poissons chaque jour.
Dans cette zone de Gatumba qui a été frappée par les inondations, les flaques d’eau qui se sont constituées ou agrandies durant les périodes de fortes pluies constituent une source de ration pour un bon nombre de ménages. Notre interlocutrice qui se fait surnommer Masugi par son entourage affirme qu’il s’agit d’un deal pour beaucoup de gens.
Un commerce dominé par les femmes et les enfants
Certains habitants de Gatumba s’investissent dans la pêche tandis que d’autres viennent s’approvisionner auprès de ces derniers. Le groupe de détaillants est largement dominé par les femmes qui disposent de petits capitaux. «Nous ne nous approvisionnons et vendons le poisson que pour essayer de réaliser un gain», chuchote cette femme au visage inondé de sueur.
Ces femmes qui sont exposées à la chaleur chaque jour se font aider en grande partie par des enfants. Sur place, Masugi surveille deux jeunes garçons qui l’aident à assécher son poisson. « Ce sont des enfants des familles pauvres qui viennent ici chercher un job », explique-t-elle. Leur rémunération n’est pas fixe. « Ils t’aident et tu leur donnes la somme que tu juges suffisante comme rémunération », tente-t-elle d’expliquer.
Des disconvenances avec l’entourage
Ces activités qui s’effectuent à l’intérieur du quartier et à proximité des ménages ne font pas l’unanimité. Les habitants se lamentent et dénoncent des activités qui ne sont pas acceptables dans leur quartier. « Ces fumées de chaque jour constituent une menace pour notre santé », indique une habitante de la localité.
La situation devient parfois compliquée. C’est notamment quand ces poissons qui ne sont pas bien entretenus passent beaucoup de temps sur place, quand le marché n’a pas été bon. « Il arrive que ces poissons restent sur place toute une journée. Ce qui est à l’origine des mauvaises odeurs qui se propagent jusqu’à nous », explique-t-elle avant d’accuser les administratifs à la base d’ignorer volontairement le problème.
Joint au téléphone pour donner la lumière sur ces mésententes, le chef de zone Gatumba a indiqué ne pas en être au courant.




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