Longtemps miné par des défis majeurs, entre un environnement d’apprentissage inapproprié et un temps d’apprentissage insuffisant, le système éducatif burundais semble avoir perdu de sa valeur. Face à cette crise qui menace l’avenir de la jeunesse, le ministère de l’Education multiplie les réformes pour redresser la barre. Ces nouvelles mesures suffiront-elles enfin à redonner son éclat à l’école burundaise ?

L’Etat a débloqué 18 milliards de francs burundais pour les communes, destinés à la fabrication des bancs-pupitres.
« Je dois souligner que le problème du système éducatif burundais se situe à deux ou trois niveaux : le temps d’apprentissage qui n’est pas suffisant pour les élèves, l’environnement d’apprentissage, à savoir l’état des écoles, le manque de bancs-pupitres, d’enseignants et de matériel didactique, etc. », a déclaré le ministre de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique.
Ces manquements, parmi d’autres, sont pointés du doigt depuis longtemps comme les causes majeures du déclin du système éducatif burundais. Bien que des réformes aient déjà été introduites dans le passé, elles n’ont pas réussi à redynamiser ce secteur combien vital.
Un temps d’apprentissage jugé insuffisant
Avec l’introduction du système BMD (Baccalauréat-Master-Doctorat), le volume horaire d’apprentissage a été réduit, tant à l’école fondamentale qu’à l’université. La classe de 10ᵉ année a été supprimée et la licence classique a été remplacée par un baccalauréat ramené de quatre à trois ans. Ce nouveau système n’a pas tardé à porter des stigmates qui, malheureusement, impactent toute une génération. Les parties prenantes n’ont pas cessé de dénoncer les lacunes dues à cette réforme. Le ministère a donc émis son souhait de réintroduire la classe de 10ᵉ année, car les heures d’apprentissage étaient jugées insuffisantes.
Néanmoins, le ministre Havyarimana a fait savoir que ce serait prématuré de répondre clairement à la question de savoir quand la classe de dixième année sera réintroduite. « Nous sommes dans un processus de préparation de la réforme. Nous avons élaboré un document de politique de l’éducation à long terme. Ensuite, nous avons élaboré des lois et des décrets et tous ces documents doivent passer par différentes étapes pour être adoptés avant de passer à la réforme proprement dite », explique-t-il.
Un environnement d’apprentissage sous pression
L’introduction d’une scolarisation gratuite a fait exploser les effectifs d’apprenants. Entre l’insuffisance des locaux et le manque de bancs-pupitres, les élèves se retrouvent à étudier dans des conditions précaires. Ce qui affecte évidemment la qualité de l’enseignement.
Dans le but de créer de bonnes conditions d’apprentissage, la campagne « Zéro enfant mal assis en classe » a été lancée. L’Etat a débloqué 18 milliards de francs burundais pour les communes, destinés à la fabrication des bancs-pupitres. L’objectif est clair : « On ne peut pas envisager une réforme quand les apprenants s’asseyent à même le sol », a martelé le ministre Havyarimana.
Pourtant, le chantier accuse un retard colossal. Sur les 331 956 bancs promis avant la rentrée scolaire 2026-2027, seuls 44 991 étaient disponibles au 30 juin 2026, soit un taux de réalisation de 13,5 %. Alors qu’il reste près de 287 000 bancs à livrer au plus tard le 15 août 2026, le ministre reste optimiste quant à la réalisation de cet objectif.
Le ministère de l’Education se dit satisfait des réalisations de cette année, qui témoignent de la volonté du gouvernement de réformer le système éducatif Burundais. Il a souligné que la preuve en est l’augmentation du nombre d’enseignants à recruter, passant de 600 ou 700 à 5 000 postes. De plus, les frais destinés à la fabrication des bancs-pupitres sont passés de 1 milliard à 18 milliards de FBu, sans oublier l’organisation de plusieurs séances de formation à l’endroit des enseignants, la construction de nouvelles écoles, etc.
Cette fois sera-t-elle la bonne ?
Lors des Etats Généraux de l’éducation, le Dr Elavie Ndura, professeure à l’Université d’Etat de Humboldt, a rappelé que tous les programmes d’enseignement doivent suivre quatre étapes générales. Il s’agit premièrement du développement d’un inventaire des besoins pour éviter d’introduire un système inadapté aux réalités nationales, deuxièmement de l’articulation claire des buts et objectifs du programme. Troisièmement, une fois les besoins et les objectifs identifiés, il faut déterminer le matériel didactique et les méthodes d’enseignement à utiliser. Enfin, il convient d’évaluer la performance des étudiants et du programme lui-même. « Chaque fois qu’on rate une de ces étapes, on rate les objectifs du programme », a-t-elle souligné.




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