Commerce

Quand la baisse du prix de la viande se généralise

Depuis la fin du mois de mai 2026, plusieurs communes burundaises ont annoncé une réduction des prix de la viande de bœuf et de porc. Kayanza, Ngozi, Bubanza, Ntahangwa, etc. figurent parmi les localités concernées. Les autorités justifient ces mesures par la baisse du prix du bétail ou par des accords conclus avec les acteurs de la filière.

Le prix de la viande a été revu à la baisse dans plusieurs communes sur décision des autorités locales.

La diminution des prix de la viande s’observe depuis plusieurs semaines dans différentes communes du pays. La commune de Kayanza a été l’une des premières à prendre une telle décision. Dans un communiqué signé le 30 mai 2026, l’administrateur communal Godefroid Niyonizigiye a ramené le prix du kilo de viande de bœuf de 30 000 à 25 000 BIF et celui de la viande de porc de 22 000 à 18 000 BIF. Cette décision était motivée par la baisse des prix du bétail sur les marchés de la commune.

Le mouvement s’est ensuite étendu à d’autres communes. A Ngozi, le 19 juin 2026, le prix du kilogramme de la viande de bœuf de première qualité (umusoso) a été réduit de 30 000 à 25 000 BIF. La viande de bœuf de qualité moyenne (cangacanga) est passée de 25 000 à 18 000 BIF tandis que la viande de porc est tombé de 24 000 à 18 000 BIF.

Le 6 juillet, la commune de Gisuru a également publié un communiqué fixant de nouveaux tarifs. Le kilogramme de viande de bœuf de première qualité et celui de la viande de chèvre ont été fixés à 25 000 BIF, contre 23 000 BIF pour la viande de qualité moyenne. Le prix d’une brochette de viande grillée a, quant à lui, été arrêté à 2 500 BIF. Les autorités communales expliquent cette révision par la baisse des prix du bétail et précisent que les nouveaux tarifs ont été définis lors d’une réunion impliquant les commerçants de bétail, les intermédiaires et les responsables du commerce. Les vendeurs sont tenus de les appliquer sous peine de sanctions.

Le 17 juillet, c’était au tour de la commune de Bubanza d’annoncer une baisse généralisée des prix de la viande sur tous ses marchés. La viande de bœuf de première qualité est passée de 28 000 à 24 000 BIF le kilogramme. La viande de ventre de bœuf est vendue à 15 000 BIF le kilo, le porc à 16 000 BIF le kilo, tandis que le prix de la viande de chèvre est resté inchangé à 30 000 BIF le kilo. Le prix de la brochette est descendu de 5 000 à 3 500 BIF.

Des écarts de prix importants entre les communes

Toutes les communes n’appliquent cependant pas les mêmes tarifs. En commune Ntahangwa, à l’issue d’une réunion tenue le 18 juillet entre les autorités administratives, les services vétérinaires, les responsables des marchés et les commerçants de viande, le kilogramme de viande de bœuf de première qualité a été fixé à 30 000 BIF sur les marchés, contre 25 000 BIF pour la viande avec os et 25 000 BIF pour le porc. Dans les boucheries de cette commune, les prix autorisés sont encore plus élevés. La viande de bœuf de première qualité est vendue à 33 000 BIF le kilogramme et celle avec os à 28 000 BIF.

 

Une enquête réalisée par Burundi Eco entre le 21 et le 23 juillet 2026 montre d’ailleurs que les prix restent très variables selon les localités. A Carama, dans le Nord-Ouest de Bujumbura, le kilogramme de viande de bœuf de première qualité est vendu à 33 000 BIF contre 25 000 BIF pour la viande de deuxième qualité. À Ngagara, il atteint 35 000 BIF, tandis qu’à Kanyosha il est proposé à 32 000 BIF. Dans la commune de Kayanza, malgré le communiqué publié en mai, le kilogramme de viande de première qualité est vendu à 30 000 BIF. Cela, alors que le prix de viande a atteint 40000 BIF, surtout à Bujumbura.

Les consommateurs accueillent favorablement les baisses annoncées, tout en demandant aux bouchers de respecter les poids affichés sur les balances. Les commerçants de bétail estiment, de leur côté, que ces nouveaux tarifs les pousseront à ajuster le prix d’achat des animaux destinés à l’abattage. Les éleveurs souhaitent cependant que des mesures complémentaires soient prises, notamment une réduction du coût des aliments pour le bétail élevé en stabulation afin de préserver la rentabilité de leur activité.

Une compétence qui relève normalement du marché

Au-delà des variations de prix, une question juridique se pose. Les administrateurs communaux peuvent-ils légalement fixer le prix de la viande ? Toutefois, la loi portant Code de commerce ; dispose, dans son article 4, que les prix sont déterminés par le libre jeu du marché. Le texte prévoit que l’Etat ne peut intervenir pour fixer des prix plafonds qu’en présence de circonstances exceptionnelles.

Les facteurs expliquant l’évolution des prix varient d’ailleurs selon les provinces. A Rumonge, les autorités attribuent la hausse du prix de la viande à l’appréciation du shilling tanzanien, une grande partie des animaux abattus étant importés de la Tanzanie. A Ruyigi, en revanche, la baisse est expliquée par une offre plus abondante de bétail sur les marchés.

Ces différences montrent que les réalités locales influencent fortement les prix. Elles relancent également le débat sur le rôle que doivent jouer les autorités communales dans la régulation des marchés, entre volonté de protéger le pouvoir d’achat des consommateurs et respect des règles qui consacrent le libre fonctionnement du marché.

A propos de l'auteur

Gilbert Nkurunziza.

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