Depuis le 1er mai 2019, l’ONG GIRIYUJA en partenariat avec l’Unicef a débuté un projet dénommé « Protection et réintégration sociale des enfants et jeunes vulnérables » qui encadrera 840 enfants. Parmi eux, 600 doivent être scolarisés et 240 devront suivre les formations techniques. A la fin du mois de juillet, 100 jeunes avaient déjà terminé leur formation et maintenant c’est 140 enfants et jeunes qui viennent d’avoir leurs certificats. Les domaines de formation sont la mécanique, la soudure et la couture

Aimable Barandagiye, coordinateur national de GIRIYUJA : «Je tiens à remercier ces lauréats pour leur bonne conduite et le bon déroulement de la formation. Ils ont montré leur talent et leur abnégation tout au long du cursus»
« Nous faisons tout ceci dans le but d’appuyer le projet de l’Etat de mettre fin à la mendicité et au phénomène des enfants en situation de rue. Tous ces lauréats bénéficient aussi des outils qui leur permettront de commencer leurs métiers respectifs, mais nous leur invitons à se grouper en associations ou en coopératives pour mieux se développer. Je tiens à remercier ces lauréats pour leur bonne conduite et le bon déroulement de la formation. Ils ont montré leur talent et leur abnégation tout au long du cursus. Nous demandons aussi à l’Unicef d’y mettre plus de fonds pour que la formation puisse toucher plus de nécessiteux », a précisé Aimable Barandagiye, coordonnateur national de GIRIYUJA lors des cérémonies de remise de certificats aux enfants et jeunes qui venaient de passer six mois de formation technique.
De la mécanique à la couture en passant par la soudure, les lauréats de la formation technique ont montré leur savoir-faire dans l’apprentissage. Ils affirment que les six mois qu’ils ont passés avec des maîtres artisans leur ont permis de passer de zéro à héros. Tous ont un point commun : n’avoir eu aucune connaissance dans les différents métiers.
Les maîtres-artisans confirment la capacité des lauréats malgré des débuts difficiles
Yves Ndayishimiye, est un maître-artisan. Il a accueilli dans son atelier six enfants en situation de rue. Il avoue que ce n’est pas facile d’encadrer des enfants qui n’ont aucune responsabilité à cause de leurs antécédents sociaux. « Quand GIRIYUJA m’a proposé d’encadrer ces enfants, je croyais que ce serait une tâche facile. Avant de les former, il fallait d’abord les éduquer parce que le métier de mécanique est basé sur la confiance des clients. Parmi ces enfants, il y avait ceux qui avait une mauvaise habitude de piquer les outils et d’aller les vendre ». Avec le temps, ils ont le goût de l’apprentissage et je suis très fier que ce jour arrive et qu’ils obtiennent un certificat comme le fruit de leurs efforts.

Les enfants qui ont suivi la formation professionnelle ont montré leur savoir-faire par rapport à ce qu’ils ont appris
Moussa Barumwete, lui aussi maître-artisan en construction et soudure indique que même si les débuts de formation sont difficiles, les enfants apprennent très vite le métier. « La formation pour ces enfants c’est comme un vide que tu dois remplir. Pour cela, je devrais commencer à zéro pour qu’ils sachent tout. Heureusement, ils ont été bien appliqués et passionnés. Je félicite leur courage et leur détermination », narre-t-il.
De la galère à la joie, les enfants bénéficiaires des formations techniques témoignent
Hamza Ntakarutimana a abandonné l’école quand il était en 6ème année primaire. Issu d’une famille pauvre, sans nourriture et sans cahiers, il quitta son foyer pour la rue. « Je passais tout mon temps à mendier ou à toquer sur les portails des maisons de Rohero pour trouver de quoi mettre sous la dent », raconte-t-il. Après une année de mendicité, il côtoya les gens de GIRIYUJA qui lui expliquèrent comment il pouvait l’aider à quitter la rue. « Au début, je croyais qu’ils voulaient me proposer ce genre de boulots domestiques, mais c’est par après que j’ai compris qu’ils voulaient réellement m’aider », confie-t-il. Le jeune Ntakarutimana s’est retrouvé avec d’autres enfants qui avaient les mêmes problèmes que lui. « Au centre de GIRIYUJA, on nous a d’abord enseigner des divertissements pour nous faire oublier les galères de la rue. Nous nous sommes sentis heureux. Après, ils nous ont inculqué une bonne éducation, celle que nous n’avions pas pu avoir dans nos familles », témoigne-t-il avant d’ajouter que quand on lui a proposé de choisir le métier qu’il aimerait exercer, il n’a pas hésité sur la soudure. « C’est ce choix qui m’a poussé à suivre rigoureusement la formation durant les six mois que j’ai passé à l’atelier. Maintenant, je suis capable de souder les portes, les fenêtres ; bref tout ce qui va avec la soudure. J’ai appris tant de choses qui me permettront de me développer et d’aider mes petits-frères qui sont restés au foyer ».

Le remise des certificats a été rehaussée de la présence de Margaux Mathèz-Loïc cadre de l’Unicef/Section protection de l’enfant
Emmanuella était elle aussi élève quand elle est tombée enceinte. Chassée de sa famille, elle s’est retrouvée dans la rue. Ne sachant pas à quel saint se vouer, la pauvre jeune fille priait ciel et terre pour qu’elle trouve le moyen de quitter la rue. « Un jour que je n’oublierai jamais, une fille qui avait été aidée par GIRIYUJA me raconta que cette organisation vient en aide aux enfants en difficulté. Je me suis vite rendu au centre GIRIYUJA appelé communément chez Sebatutsi et par la grâce de Dieu, j’ai été bien accueillie et mise sur la liste des enfants à prendre en charge », témoigne-t-elle. Dans ce centre, Emmanuella a d’abord appris beaucoup de choses surtout dans la prévention des maladies sexuellement transmissibles, les moyens de se prévenir contre les grossesses non désirées et les autres maladies. «Par la suite, le centre nous a proposé des formations sur différents métiers et moi j’ai sauté sur la couture. J’avais hâte d’apprendre ce métier étant donné que je n’avais aucun espoir de retourner à l’école. Après trois mois de formation, j’étais déjà capable de coudre une chemise, et vous ne pouvez pas imaginer combien j’étais heureuse. Je remercie vivement mon formateur qui n’a ménagé aucun effort pour que j’atteigne ce grand jour d’obtention de certificat», affirme-t-elle avec des larmes de joie. Emmanuella compte continuer son métier qui, selon elle, l’a aidé à retrouver la dignité et remercie GIRIYUJA qui lui a redonné l’espoir de vivre.
Issa Nduwimana est orphelin de père depuis ses huit ans. C’est une vie dure qu’il a dû ensuite affronter, car sa mère est tombée dans la débauche. N’ayant rien à manger, le petit garçon s’est lancé dans la collecte des bouteilles en plastique qu’il devait revendre pour quelques sous. «Puisque je ne trouvais pas assez de bouteilles, il y avait des fois que je manquais d’argent pour m’acheter même un beignet. Je devais par la suite aller toquer sur les portails pour quémander la nourriture. Un jour que j’étais assis tout près de Ndamama House, je vis un homme s’approcher de moi. Il se présenta comme un membre de GIRIYUJA et me dit qu’il voulait m’amener là où j’allais trouver de la nourriture», raconte Nduwimana. Sans broncher, Nduwimana s’est retrouvé dans le centre de Giriyuja. Comme d’autres enfants, il a choisi le métier de soudure. « Notre formateur nous a aussi enseigné de ne pas gaspiller l’argent. Quand on gagne 10.000 FBu, on doit au moins mettre de côté 5.000 FBu comme épargne », ajoute-t-il.
L’Etat apprécie les efforts de GIRIYUJA
Gabriel Nicimpaye, responsable du CDFC-Mairie au ministère des Droits de la Personnes Humaine, des Affaires Sociales et du Genre qui avait représenté le gouvernement dans ces cérémonies n’a pas caché sa satisfaction à l’égard des interventions de GIRIYUJA. « L’Etat apprécie les efforts de Giriyuja dans son combat pour réhabiliter les enfants en situation de rue. Ce n’est pas la première fois que nous assistons à de pareilles cérémonies et nous applaudissons le fruit de ces efforts. Grâce à GIRIYUJA, des centaines d’enfants ont retrouvé soit le banc de l’école, soit les centres d’enseignement des métiers », a-t-il déclaré.

Les lauréats de la formation technique en liesse après la remise des certificats
Ce cadre du ministère a également appelé ces lauréats à aller vers d’autres enfants qui vivent encore de la mendicité afin de les inciter à rejoindre le centre. « Vous êtes désormais nos ambassadeurs. Vous devrez aller montrer que tout est possible et que la rue n’est pas une solution pour les enfants », a-t-il martelé tout en les poussant à chercher du travail pour se développer et ainsi créer d’autres emplois. « Les outils que GIRIYUJA vous a octroyés doivent aussi servir à créer d’autres emplois. Nous souhaitons bientôt vous voir gagner de gros marchés que ce soit en construction, en mécanique ou en couture », a conclu M. Nicimpaye.
Dans les perspectives, tous les lauréats ont indiqué que les certificats obtenus leur serviront de base de développement pour leurs familles en général et pour le pays en particulier. Toutefois, ils demandent à GIRIYUJA et à ses partenaires de rester toujours à leurs côtés, mais aussi de penser aux autres enfants qui restent dans la rue pour qu’eux aussi ils puissent voir la lumière au bout du tunnel




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