La population de Bujumbura-Mairie augmente sans cesse et les projections démographiques sont claires. La ville de Bujumbura connaît et connaîtra une croissance de population toujours plus importante. Deux explications à cette réalité, l’exode rural et la démographie. Il y a plusieurs façons d’observer ce phénomène, Burundi Eco a un angle de vue très particulier : l’aménagement et la gestion des territoires et espaces consacrés aux morts. L’aménagement des espaces où inhumer les morts est l’une des urgences observables. Un reporter de Burundi Eco est descendu sur terrain pour constater les faits. Coup de projecteur

Bien qu’il soit toujours fonctionnel, une partie du cimetière de Kanyosha a été transformée en champs de manioc.
Le manque d’espace
Les espaces réservés à l’inhumation des personnes décédées dans la ville de Bujumbura sont différemment organisés. Les cimetières situés dans la zone Kanyosha, au Sud de la capitale économique Bujumbura sont débordés, presqu’incontrôlés et ont perdu le caractère sacré comme l’exige la culture burundaise. Cette zone dispose actuellement de deux cimetières, à savoir celui de Kanyosha et celui de Ruziba.
Cimetière de Kanyosha
Il est aux environs de 16 heures. Nous arrivons au cimetière de Kanyosha. Ce cimetière s’étend en bas de la paroisse « Mère de la Miséricorde de Kanyosha », aux abords de la partie Nord du nouveau quartier dénommé « Nyabugete». Là, le constat est amer. Les morts ne sont guère au repos. Les tombes sont délibérément détruites. Quelques épitaphes en bois restent toujours plantées dans un champ labouré. Bien qu’il accueille toujours des morts, une partie de ce cimetière a été transformé en champs de manioc. Une femme rencontrée sur le lieu indique que les gens y pratiquent l’agriculture en raison du manque d’espaces cultivables. Quand nous avons voulu savoir qui a donné l’autorisation de cultiver dans ce cimetière, elle nous a dit que cet espace appartient à la population. « Non, ce ne sont pas les administratifs qui doivent donner l’autorisation, parce que cette propriété n’appartient pas à l’Etat », a-t-elle tenté d’expliquer tout en refusant de donner plus de détails. Dans une autre partie du cimetière qui fut saturée dans le passé, les inhumations ont repris. Pas d’entretien des tombes ni des espaces. On aperçoit difficilement des tombes à moitié englouties par les hautes herbes. Chacun se débrouille pour ensevelir son mort et il n’y a personne pour entretenir cette dernière demeure.
A notre arrivée, pas d’enterrement en cours. De temps en temps, les habitants traversent cet espace en empruntant un petit sentier pour se rendre de l’autre côté. Un peu plus loin, au centre du cimetière, deux hommes semblent creuser un trou à la houe. Curieux, nous nous sommes approchés d’eux et nous avons découvert qu’ils déterraient les briques qui avaient servi dans le temps à construire un caveau. Voulant leur poser quelques questions sur l’organisation et l’entretien de ce cimetière, ils esquivent nos questions, préférant nous envoyer chez les administratifs. Les informations recueillies dans cette localité affirment que ce site funéraire ne connait pas de suivi de la part de l’administration.
La même situation au cimetière de Ruziba
Ruziba est la zone charnière entre le rural et l’urbain qui connait son premier quartier moderne, Nyabugete. Saturé depuis longtemps, le cimetière de Ruziba est actuellement menacé par l’expansion de la ville. Les habitants affirment que certaines des maisons de Nyabugete ont été érigées sur une partie du cimetière. Selon les propos de la population de Ruziba, le cimetière est réservé aux misérables, en grande partie. « Il s’agit d’un cimetière destiné aux pauvres, incapables d’aller enterrer les leurs à Mpanda », indique un jeune qui y garde les chèvres. Ces propos sont similaires à ceux recueillis auprès des témoins rencontrés au cimetière dit de Kanyosha.

Le cimetière de Ruziba est actuellement menacé par l’expansion de la ville.
Saturé, ce cimetière de Ruziba est subdivisé en deux. Dans la partie Sud, la population continue d’enterrer les personnes décédées dans la même place qui était occupée dorénavant par d’autres tombes. Visiblement, la population est obligée de détruire les anciennes tombes pour enterrer les personnes nouvellement décédées.
Dans les cimetières du Sud de la capitale économique, il n’est pas question de séparer les tombes sur base de croyances religieuses comme c’est le cas dans d’autres cimetières. Ici, les musulmans et les chrétiens font bon ménage. Il n’y a pas d’espaces spécifiques réservés aux musulmans.
Mpanda, un cimetière moderne
Nous débarquons sur les lieux à 10 heures passées de quelques minutes. A cette heure, les gens ont déjà commencé les cérémonies d’enterrement tandis que d’autres sont en train d’arriver sur les lieux. Çà et là, les ouvriers construisent des tombes. Tandis qu’on entend des personnes prononcer des oraisons funèbres d’un côté, on en voit d’autres qui viennent se recueillir sur les tombes de leurs illustres défunts de l’autre. Des guides orientent les visiteurs ou ceux qui viennent participer aux funérailles de leurs parentés. Tout reflète un certain ordre. Pour des raisons de sécurité, le cimetière est fermé à 16 heures.

Au cimetière de Mpanda, tout réflète un certain ordre.
Cependant, comme toute ville est habitée par des riches et par des pauvres, Mpanda n’échappe pas à cette triste réalité. Une partie du cimetière est réservée aux riches. Là, certaines tombes sont construites en matériaux durables, parfois couvertes d’un toit. Certaines d’entre elles sont clôturées à l’image des parcelles des quartiers VIP qu’ont habité les défunts de leur vivant. Les entreprises qui se sont spécialisées dans les services funéraires rivalisent dans l’invention des modèles architecturaux des tombes. Comme c’est le cas dans une ville, le cimetière de Mpanda est subdivisé en quartiers comportant les mêmes noms que les différentes sociétés de pompes funèbres y opérant.
L’autre partie, comparable à un bidonville est rarement entretenue. Selon un employé dudit cimetière, cette partie qu’il nomme «Ceceni» sert de cimetière pour de petites gens, c’est-à-dire les pauvres. «Ceceni» pour décrire la précarité caractérisant ce lieu non aménagé. Les herbes y sont abondantes comme dans la forêt. Sur les tombes, il n’y a ni pierres sépulcrales ni croix ou autres signes funéraires sur les tombes, excepté celles qui sont récentes où une croix modeste en bois résiste encore aux intempéries et aux termites. C’est vraiment un domaine des pauvres. Ceux -ci ne se préoccupent pas de son entretien faute de moyens. Cette catégorie de la population ne recourt pas aux services des pompes funèbres. A la différence des cimetières du Sud, celui de Mpanda conserve l’ancien principe de séparation entre chrétiens et musulmans. En effet, ces derniers sont inhumés dans une partie qui leur est réservée à part et dont la gestion appartient à la communauté musulmane selon les informations recueillies sur place.
De toutes les façons, tout passant peut admettre que le cimetière de Mpanda est bien aménagé, mieux que d’autres. Rappelons à toutes fins utiles que les sites funéraires sont des espaces publics contrôlés par l’Etat. Nous reviendrons, dans nos éditions ultérieures, sur le mode de gestion et l’organisation des cimetières de la Mairie de Bujumbura.
Le cimetière de Mpanda se situe à environ quinze kilomètres de la capitale Bujumbura, dans commune Gihanga (Bubanza) sur la route Bujumbura-Cibitoke (RN5). L’enterrement a lieu dans la partie gauche située à l’Ouest de la route macadamisée. Selon des sources sur place, ce site funéraire a d’abord servi de cimetière pour les seuls habitants de la zone Buringa ou des environs et s’étendait de part et d’autre de la RN5 avant que la partie située à droite de la route ne soit saturée. D’autres personnes en provenance de la ville de Bujumbura seraient venues y inhumer depuis la crise de 1993.




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