Les catastrophes naturelles ne cessent de faire des ravages dans différentes provinces du pays. Les exemples les plus emblématiques sont les inondations de 2014 dans les quartiers de Carama, Gatunguru et Buterere et les glissements de terrain dans la province de Cibitoke. Actuellement, on enregistre plus de 460 morts, 12000 maisons détruites et plus de 16000 personnes déplacées suite aux catastrophes naturelles depuis le mois d’octobre 2019. Certaines recommandations ont été formulées pour inverser la tendance. Malheureusement, très peu de ces dernières sont mises en application
Les catastrophes naturelles sont devenues une épée à double tranchant. Et cela depuis belle lurette. Les causes sont multiples. Ce sont entre autres la déforestation, l’inexistence des courbes de niveau et les constructions anarchiques. Et d’ajouter le non respect du code de l’eau dans son article 5 qui stipule qu’il est interdit de construire sur les bords des lacs sur une largeur de cent cinquante mètres pour le lac Tanganyika, cinquante mètres pour les lacs du Nord ainsi qu’une largeur de vingt cinq mètres sur chacun des bords pour des affluents du lac Tanganyika à partir du niveau le plus élevé qu’atteignaient les eaux dans leurs crues périodiques. Pour les autres rivières du pays, une zone de protection sur une largeur de cinq mètres est installée. Les conséquences de cette situation sont fâcheuses.
Les inondations de Gatunguru restent gravées dans la mémoire de la population
Dans la nuit du 9 au 10 février 2014, une pluie horrible s’est abattue sur la ville de Bujumbura et ses environs (jusqu’à 80 mm de précipitations enregistrées entre 20 h et 23 h 30 min le 9 février). Ces précipitations ont engendré des ruissellements importants sur les pentes, des glissements de terrain et la rupture d’une retenue spontanée sur la rivière Gasenyi en amont d’un quartier populaire non viabilisé (Gatunguru) dans lequel la plupart des victimes résidaient. Les pluies ont par ailleurs provoqué le débordement des rivières Gikoma et Nyabagere. La plaine en bordure du lac Tanganyika a été inondée. Les communes de Buterere, Isale, Kamenge, Kinama et Mutimbuzi ont subi plus de 80% des dommages. Près de 1 000 habitations se sont effondrées. Un grand marché a été emporté. 20 000 personnes se sont retrouvées sans abris. 77 morts ont été recensées.
Gatunguru : Les dommages causés sont évalués à 6,9 milliards de FBu pour les infrastructures
En termes d’infrastructures, la catastrophe a endommagé les routes, les ponts, les réseaux d’adduction d’eau et d’électricité ainsi que deux marchés. L’évaluation des dommages causés sur les infrastructures économiques et sociales a été menée de manière systématique par les différents groupes de travail. Les dommages causés sont évalués à 6,9 milliards de FBu pour les infrastructures (soit 0,18% du PIB). Ce coût est réparti comme suit : 3,5 milliards de FBu pour les routes, 775 millions de FBu pour les ponts, 675 millions de FBu pour les écoles, 650 millions de FBu pour les infrastructures agricoles, 640 millions de FBu pour les marchés, 627 millions de FBu pour le système d’adduction en eau potable et 80 millions de FBu pour le réseau électrique.

Les victimes des inondations de Buterere sont logés actuellement au chef-lieu de la zone Mubone
Perte de 2,5 milliards FBu enregistrée pour les récoltes
Au-delà des dommages causés aux infrastructures, environ 2,5 milliards FBu ont été perdus en termes de récoltes (estimation provisoire par le ministère en charge de l’agriculture et la FAO). Plus de 3000 habitations ont été détruites. 1 217 ménages ont trouvé refuge dans les quatre sites de déplacés qui sont Buterere, Kamenge, Kinama I et Kinama II. Plus de 2 000 autres ménages ont trouvé refuge dans des familles d’accueil.
Quid des recommandations formulées ?
Avec la perspective d’accélérer la mise en œuvre des politiques, des stratégies et des plans d’action mis en place par le Gouvernement en matière d’infrastructures et de gestion des risques de catastrophes, ce rapport propose des activités classées en trois catégories pour atténuer les effets des catastrophes naturelles. Les activités permettant d’arrêter la progression des dommages étaient urgentes. A moyen terme, on a prévu des activités permettant la réhabilitation des infrastructures. A long terme, on a prévu des activités permettant d’envisager une reconstruction résiliente. Sur une enveloppe totale de 164 milliards de FBu, 134 milliards de FBu concernaient la réhabilitation ou le développement d’infrastructures et la gestion des risques de catastrophes. Parmi ces 134 milliards de FBu, 26 milliards de FBu étaient considérés comme prioritaires (urgence / moyen terme) pour permettre la réhabilitation des infrastructures avec une approche résiliente. En parallèle, 30 milliards de FBu étaient recommandés pour la stabilisation des bassins versants aux alentours de Bujumbura.
Qu’est-ce qui a été réalisé après les inondations de Gatunguru ?
Après cette catastrophe naturelle, les quelques travaux qui ont été exécutés pour atténuer les effets des catastrophes naturelles sont entre autres la construction du bassin d’écrêtement et le traçage des canalisations à Carama. Nonobstant, on n’a pas mis en place un groupe de gens chargé de curer ce bassin dont le rôle est de freiner la pression de l’eau de la rivière Gasenyi. Actuellement, s’il pleut en quantité suffisante, ce dernier est souvent débordé. De plus, les rivières Gasenyi et Nyabagere ont été stabilisées. De surcroît, un projet de plantation d’arbres au niveau national dénommé «Ewe Burundi Urambaye» a été lancé. Il vise la restauration du paysage burundais.
Malgré ces actions, les catastrophes naturelles continuent à semer la panique dans les communautés. «Depuis le mois d’octobre 2019 jusqu’au mois de février 2020, nous avons déjà enregistré 461 personnes tuées, 12000 maisons détruites et 16 000 personnes déplacées suite à ces pluies», a indiqué Anicet Nibaruta, directeur général adjoint de la protection civile dans un atelier de présentation des prévisions météorologiques organisé par l’IGEBU le 12 février 2020. Il a ajouté que les trois prochains mois s’annoncent encore plus pluvieux et dangereux. « Selon les prévisions de l’Institut Géographique du Burundi (IGEBU), il est prévu de mars à mai, une probabilité accrue de pluviométrie supérieure à la normale dans certaines régions du pays», révèle Nibaruta.
Il demande à la population de prendre des précautions pour éviter le drame. Il recommande notamment aux ménages de se munir des cordes pour sauver ceux qui seront au bord de la noyade. Marcher avec une canne pour tâter le fond de l’eau avant d’y mettre le pied pour traverser s’avère aussi nécessaire. Selon toujours lui, le Burundi est en pleine saison des pluies. Cette dernière se clôture généralement en juin. Considérées comme des catastrophes liées aux changements climatiques, les pluies diluviennes qui occasionnent d’énormes dégâts sont devenues une préoccupation nationale au Burundi. En 2019, le ministère des Droits de la Personne Humaine, des Affaires Sociales et du Genre a dénombré plus de 60 000 familles victimes des catastrophes naturelles dues aux changements climatiques.




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