Après l’annonce de la mesure d’interdiction prochaine (18 mois) de l’utilisation des sacs plastiques, les conséquences se font déjà sentir. Il s’observe une augmentation exponentielle des prix de ces produits sur le marché. Le prix des sachets est passé du simple au double. L’Association Burundaise des Consommateurs (ABUCO) condamne avec la dernière énergie cette hausse des prix qui n’a aucune raison d’être. Elle demande aux pouvoirs publics de prendre les mesures qui s’imposent pour juguler ce problème

La gestion des déchets plastiques reste une problématique. Les dépotoirs sauvages ne cessent d’augmenter malgré la mise en place des associations et coopératives chargées de collecter les déchets au sein des ménages. Sur la photo, un dépotoir clandestin qui s’est développé aux environs du cercle hippique de Bujumbura.
Le décret n°100/099 du 08 août 2018 interdit l’importation, la fabrication, la commercialisation et l’utilisation des sachets et d’autres emballages en plastique sur le territoire Burundais. Ainsi, ce décret est un cadre de contrôle de l’utilisation des sachets et d’autres emballages en plastique, stipule l’article 1, alinéa 1 dudit décret. Cette décision a été saluée par les commerçants et les défenseurs des droits des consommateurs. Pourtant, ils craignent les conséquences néfastes qu’elle pourrait engendrer si des mesures d’accompagnement efficaces ne sont pas prises par les autorités compétentes.
Les commerçants qui se sont confiés à la rédaction du journal Burundi Eco apprécient la mesure d’interdire l’utilisation des emballages en plastique dans le souci de protéger l’environnement. Néanmoins, certains déplorent le fait que les produits de substitution ne sont pas disponibles directement sur le marché. Pour eux, l’étape de la vulgarisation des emballages biodégradables devrait précéder cette décision. Pour l’ABUCO, la décision d’interdiction de l’utilisation des sacs plastiques sur le territoire Burundais est salutaire. « La problématique de gestion des déchets nous tenait à cœur. La lutte contre la prolifération des sacs plastiques était une des priorités de l’ABUCO », précise Pierre Nduwayo, président de l’ABUCO.
Il explique que les conclusions d’une étude commanditée par l’ABUCO en 2012 recommandaient déjà aux pouvoirs publics de retirer définitivement de la circulation les sacs plastiques. Donc l’interdiction de l’utilisation des sacs plastiques est venu à point nommé si ce n’était pas tard, estime-t-il.
Les prix des sacs en plastique grimpent
Au lendemain de la décision d’interdire l’utilisation des sacs plastiques, les prix des sachets couramment utilisés pour emballer les produits alimentaires implosent. Chez les grossistes les prix passent du simple au double. Ainsi, un carton de 30 paquets de sachets transparents utilisés souvent pour emballer les produits ne dépassant pas un kilo qui se négociait à 125 000 FBu s’achète 320 000 FBu, les sachets verts s’achètent actuellement à 210 000 FBu contre 167 000 FBu avant l’annonce de la mesure. Et les prix d’un carton de sachets noirs passent de 110 000 FBu à 180 000 FBu. Les commerçants font savoir que cette hausse est imputable à la pénurie de ces produits sur le marché. Les fournisseurs craignent une rupture des stocks avant les 18 mois leur accordé pour écouler ces produits.
Par conséquent, les prix des sachets au détail est nette augmentation. Les commerçants qui prestent au marché de Ngagara II évoquent le manque de ces produits sur le marché comme principale cause de ce phénomène. Un sachet noir qui s’achetait à 100 FBu s’achète actuellement à 300 FBU, un sachet vert qui s’achetait à 200 FBu se négocie actuellement à 300 FBu, les sachets « orange » vendus initialement à 500 FBu revient aujourd’hui à 600 FBu. Les commerçants demandent qu’il y ait sur le marché des produits de substitution de ces sachets pour inverser cette tendance haussière.
Rien que de la spéculation
L’ABUCO, par le biais de son président, déplore la récente augmentation des prix des sachets. Elle condamne avec la dernière énergie cette spéculation. Les commerçants profitent de l’annonce de de cette décision pour augmenter les prix. Il n’y a aucune raison d’augmenter les prix des sachets d’autant plus que la mesure entrera en vigueur après 18 mois. « Nous condamnons le comportement des commerçants qui veulent gagner illicitement. La période transitoire de 18 mois a été donnée pour prendre des dispositions nécessaires à la mise en application de la mesure. Ce n’est pas le moment des spéculations », s’indigne M. Pierre.
Le manque des produits de substitution, un défi majeur

Pierre Nduwayo, président de l’ABUCO : « Il n’y a aucune raison d’augmenter les prix des sachets d’autant plus que la mesure entrera en vigueur après 18 mois ».
Les commerçants et les consommateurs convergent sur un point : la disponibilité des produits de substitution des emballages en plastique pour faire face à la spéculation. A ce propos, ils demandent l’intervention des institutions habilitées pour juguler ce phénomène.
Nduwayo estime que la spéculation sur les prix est un grand défi pour les consommateurs qui achètent les sachets à un prix exorbitant en l’absence des produits de substitution. « C’est pourquoi nous devons agir ensemble avec toutes les parties prenantes pour atténuer les effets de cette mesure », suggère-t-il. En tout cas, il faudra attendre près d’une année pour avoir les produits de substitution pouvant satisfaire 80% des besoins en emballage. C’est ce que laisse entendre M. Didier Nizigiyimana, directeur commercial de l’imprimerie PACOBU qui confirme qu’une machine de production à grande échelle des emballages biodégradables a été commandée. Il profite de l’occasion pour rassurer que les prix de ces produits sont abordables. Le prix d’un emballage en papier plâtre varie entre 80 FBu et 150 FBu, fait savoir M. Nizigiyimana.
Quel est le sort réservé aux fabricants d’emballages en plastique?
Certes la mesure a été prise pour protéger l’environnement mais en tout cas l’Etat devrait accompagner les professionnels de ce secteur qui se lancent dans la fabrication des emballages écologiques ou d’autres activités similaires. « Ils doivent être préparés pour se lancer dans d’autres activités. Les opérateurs économiques ne doivent être victimes d’une décision prise pour protéger l’environnement », indique M . Nduwayo. Pour lui, les mesures d’accompagnement peuvent revêtir deux formes : l’appui financier pour accompagner les investisseurs dans ce secteur et le renforcement des capacités pour renforcer les compétences des travailleurs. Sinon la mesure aura des répercussions sur la vie socio-économique des ménages, mais aussi sur l’économie du pays, prévient M. Nduwayo.
Il en appelle à l’Etat de prendre des mesures d’accompagnement afin d’atténuer les effets de cette mesure. Il recommande également aux représentants de la Chambre Fédérale de Commerce et d’Industrie du Burundi (CFCIB) de s’imprégner du dossier et de préparer les commerçants aux changements éventuels. Il n’était pas tard de le faire, mais ils peuvent d’ores et déjà lancer des campagnes de sensibilisation pour amener les commerçants à changer d’attitude, estime-t-il.
Une politique de gestion des déchets est plus que nécessaire
A travers tout le pays surtout dans les agglomérations on constate malheureusement qu’il y a encore des montagnes d’immondices constituées entre autres de sacs en plastique. Et ce sont, pour la plupart, des sachets qui se dégradent après des centaines d’années dans la nature. Donc l’interdiction de l’importation des sachets non biodégradables est une chose, la gestion des déchets plastiques en est une autre, explique le président de l’ABUCO. Pour Nduwayo, cette décision constitue un bon départ dans la gestion des déchets plastiques.
Il revient maintenant au ministère en charge de l’environnement d’arrêter des stratégies pour la bonne gestion des déchets. Celles-ci comprennent le recyclage et la valorisation des produits non biodégradables. Pour rappel, lors d’un point de presse, le ministre en charge de l’environnement, Dr Déo Guide Rurema a précisé qu’une politique de gestion de déchets sera bientôt développée pour répondre à la problématique de collecte et de valorisation des déchets biodégradables et non biodégradables.
Notons que le conseil des ministres du 18 août 2018 a recommandé à la police et à l’administration d’infliger des amendes aux contrevenants au décret relatif à l’interdiction de l’utilisation des sacs plastiques pour les dissuader. Cela dans le but de pallier au phénomène de spéculation matérialisé par la hausse des prix et l’importation clandestine des sacs plastiques pour constituer des stocks. Il convient de signaler que les prix de ces produits restent en hausse malgré la mise en garde.




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