Environnement

Lac Tanganyika : Les riverains inquiets du virage au vert des eaux

La nouvelle s’est vite répandue sur les réseaux sociaux comme une poudre de fumée. Les eaux du lac Tanganyika virent au vert. Les citadins inquiets affluaient vers les différentes plages de la capitale pour contempler le «miracle». Ils craignaient le pire. Les autorités et les scientifiques rassurent

C’est vers 10h 00 de ce lundi que l’information sur la coloration verte des eaux du lac Tanganyika enflamme les réseaux sociaux. Les citadins curieux accourraient vers le lac pour faire le constat. Peu de temps après les commentaires saturent la toile. Certains incriminent les produits industriels arguant que la station d’épuration de Buterere n’est pas à mesure de traiter les déchets. D’autres disent plutôt que les eaux usées en provenance de cette station ne peuvent pas produire un phénomène d’une telle ampleur.  Mais personne n’a tort ou raison jusqu’à la preuve du contraire.

Le ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage, Dr Déo Guide Rurema reconnait que les services dudit ministère ont été alertés par la population riveraine. Celle-ci s’est rendu sur le terrain et ont fait le même constat. Ainsi, les services techniques du ministère se sont activés pour trouver la cause de cette coloration verte. Des analyses ont été effectuées dans différents laboratoires et au niveau de la Regideso. Les analystes sont arrivés à des résultats rassurants. Ils concluent que la qualité de l’eau potable n’a pas été modifiée. Le ministre Rurema a indiqué que la coloration verte est un phénomène naturel qui ne nuit pas à la santé humaine.

Le mardi 11 septembre 2018, la couleur verdoyante avait disparu des eaux du lac.

Pourquoi la coloration verdoyante des eaux du lac ?

Le Pr Gaspard Ntakimazi, expert en hydrobiologie, a indiqué à nos confrères de la radio nationale que c’est un phénomène tout à fait naturel dû à l’« upwelling » ou la remontée des eaux profondes de ce lac. C’est un phénomène qui s’observe depuis les années 1946 et le plus souvent à la fin de la saison sèche, a-t-il précisé.

D’après Pr Ntakimazi, le lac Tanganyika comme la plupart des eaux des régions tropicales, est un lac dit « stratifié ». Ainsi, l’eau de surface reste en surface et l’eau profonde reste dans les profondeurs, mais cela ne dure pas toute l’année. Par ailleurs, il existe des périodes de circulation de l’eau du lac. Donc le mouvement des eaux du lac naît de l’alignement entre la longueur du lac et la direction des alizés du Sud-Est qui survient au début de la saison sèche, explique Pr Ntakimazi. Pour ce faire, pendant cette période le vent du Sud pousse en permanence sur la surface du lac et il y a un courant de surface à partir du Burundi qui passe en profondeur en se dirigeant vers le Sud jusqu’à Mpulungu en Zambie. Et puis, vers la fin de la saison sèche, ces vents s’arrêtent et il y a un mouvement inverse. Et l’eau des profondeurs remonte.

Un phénomène tout à fait naturel

Le phénomène de changement de coloration des eaux ne se manifeste pas uniquement au Burundi. « Ça arrive souvent dans d’autres pays. Selon les conditions physiques et climatiques, il y a souvent une prolifération des algues qui produisent différentes couleurs. Ici au Burundi la couleur est verte parce qu’il y a la prédominance des algues de couleur verte. Par contre, dans d’autres pays, la couleur est différente », rassure le ministre Rurema.

Il faisait allusion à la mer rouge. Celle-ci n’est pas toujours rouge, mais quelquefois cela arrive. La mer rouge tire son nom d’un phénomène causé par un type d’algue appelée «Trichodesmium erythraeum», qui se trouve dans la mer. A la fin de la floraison de ces algues, la couleur bleue-verte de la mer semble se nuer en une couleur rougeâtre ou brunâtre.

L’hypothèse de la pollution n’est pas écartable

Pour Gustave Nkurunziza, maître en Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement, la ville de Bujumbura (au Burundi) et celle d’Uvira (en RDC) sont des villes situées dans la baie Nord du lac Tanganyika, une région où les eaux sont les plus chaudes et les plus superficielles. Cette partie du lac est sujette à des pollutions intenses, dominée par la pollution organique due aux activités humaines. « Ceci entrainerait un enrichissement excessif du lac en nutriments (azote et phosphore) qui, combiné à une élévation de température, provoquerait la prolifération des algues microscopiques et des cyanobactéries, provoquant ainsi ce qu’on appelle le bloom d’algues, qui donne différentes colorations étangs d’eaux », présume M. Nkurunziza.

La remontée de l’eau (upwelling en anglais) est un phénomène océanographique qui se produit lorsque de forts vents marins (généralement des vents saisonniers) poussent l’eau de surface des océans laissant ainsi un vide où peuvent remonter les eaux de fond et avec elles une quantité importante de nutriments.

Une bonne nouvelle pour les pêcheurs

Les phénomènes de remontée d’eau favorisent la multiplication des planctons. Concrètement pour les pêcheurs, la remontée d’eau se traduit par une augmentation importante du nombre de poissons. Pr Ntakimazi confirme que la remontée d’eaux profondes est favorable à la productivité au niveau du Lac Tanganyika. Les algues servent de nutriments aux planctons et ceux-ci, à leur tour, serviront de nourriture aux poissons. Ce qui justifie la meilleure production de poissons enregistrée entre janvier et février. « La prolifération des algues n’est pas inquiétant, mais plutôt constitue une chance pour la biodiversité du lac Tanganyika », dit le ministre Rurema.

Il est à noter que le mardi 11 septembre, la coloration verte avait disparu dans les eaux du lac Tanganyika. Ce qui est sûr c’est que le phénomène parait étrange. N’eût été l’intervention des scientifiques, la population urbaine craignait le pire. Les pêcheurs affirment qu’ils avaient vécu le même phénomène de changement de coloration des eaux du lac en 2008. Le lac Tanganyika ne cesse de surprendre. Pour rappel, en mai dernier, le niveau du lac avait augmenté. Les eaux du lac avaient envahi les constructions riveraines paralysant les activités lucratives sur le littoral.

A propos de l'auteur

Benjamin Kuriyo.

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