Depuis 2018, le Programme de Développement des Filières (PRODEFI) passe à la vitesse supérieure dans l’intensification des cultures en passant des marais aux collines. Financé par le FIDA, ce programme du gouvernement fait la fierté du citoyen qui l’applaudit. Le ministère de tutelle salue les actions du PRODEFI. Il invite les bénéficiaires à se désolidariser de l’usure, surtout que l’Etat leur achètera la production à un prix rémunérateur
De belles vaches dans les étables, de grandes étendues d’étangs piscicoles et des milliers d’hectares verdoyants de plantations de riz, de maïs et de bananiers jonchent la zone d’intervention du PRODEFI. Les bénéficiaires manquent de mots pour le dire, déclare Epipode Baranyikwa, gouverneur de la province de Ngozi. « Je n’ai vu pour la première fois un centre de collecte de lait que sous les projets de l’Etat financés par le FIDA », précise-t-il.
« S’il y a à vanter, ce ne sont que les appuis du FIDA. Que le Tout Puissant bénisse et rentabilise le programme », déclare Jean Pierre Nimbona, président et représentant légal d’Action pour le Développement Economique accès sur l’Aquaculture Intégré (ADECA).
Usage de l’approche participative et implication de toutes les parties prenantes
« Les bénéficiaires directs et indirects du programme sont des groupes sociaux identifiés en fonction des critères de pauvreté, d’accès aux ressources et d’insécurité alimentaire », déclare Jean Paul Bitoga, coordonnateur du PRODEFI. Ceux-ci sont répartis en 5 grands groupes dont les ménages ou personnes sans terre ou ne disposant que d’un accès très limité à celle-ci, les ménages ou les personnes disposant d’un accès limité à la terre mais sans surplus pour les marchés, les ménages disposant d’un accès à la terre, et qui participent déjà à la production des cultures pour le marché, les ménages pratiquant une ou plusieurs cultures de rente et les ménages disposant d’un accès à la terre et d’animaux en stabulation permanente.

Jean Paul Bitoga, coordonnateur du PRODEFI : « Le PRODEFI a pour finalité d’augmenter les revenus et d’améliorer la sécurité alimentaire des ménages pauvres dans la zone d’intervention du programme ».
Au sein de ces groupes, fait remarquer le coordonnateur du PRODEFI, des catégories spéciales seront ciblées d’une manière plus spécifique. Il s’agit des jeunes, des femmes, des veuves et des orphelins chefs de famille ainsi que des membres de l’ethnie minoritaire des Batwa. Ils représentent 77 588 familles au total dont 33 534 familles bénéficiant directement des appuis du programme.
« En vue de réaliser l’objectif global du projet, la stratégie générale retenue pour la mise en œuvre du PRODEFI est basée sur l’approche participative et l’implication de toutes les parties prenantes (les bénéficiaires, l’administration, les prestataires de services et les partenaires financiers », certifie M.Bitoga.
Les activités du programme sont articulées autour de trois composantes qui sont l’accroissement durable du capital productif, le renforcement des capacités institutionnelles des acteurs des filières, la valorisation et le renforcement des filières ainsi que l’accompagnement des structures de gestion du savoir et la facilitation.
La sécurité alimentaire et les revenus des ménages renforcés
« Le PRODEFI a pour finalité d’augmenter les revenus et d’améliorer la sécurité alimentaire des ménages pauvres dans la zone d’intervention du programme », rappelle Jean Paul Bitoga, coordonnateur du programme. Les objectifs du programme, explique-t-il consistent à renforcer les capacités des petits agriculteurs pauvres et des jeunes ruraux. Cela afin d’augmenter leurs revenus et leur sécurité alimentaire et nutritionnelle à travers notamment le renforcement des filières agricoles et d’élevage prioritaires dont le riz et le lait.
Pour Bitoga, le PRODEFI vise la résilience des systèmes de production face aux changements climatiques et un partenariat durable avec les institutions publiques, privées et la société civile.
Cependant, informe-t-il, la base d’une bonne production est l’usage de la fumure organique mélangé avec l’engrais chimique.
« Normalement, la plante valorise correctement l’engrais chimique quand celui-ci est mélangé à la fumure organique. Malheureusement, tout le monde sur la colline ne dispose pas de bétail pour produire en suffisance la fumure organique », fait remarquer le coordonnateur du PRODEFI.
Comme pas mal de projets, le programme a maintenu la cadence en distribuant le grand bétail (vache et taureau), grands producteurs de fumier et le petit bétail comme les porcs, les chèvres, les poules…
Parmi les résultats atteints, renchérit M.Bitoga, figurent la productivité agricole et les revenus des petits agriculteurs dans les zones retenues qui se sont accrus. Les pratiques résilientes aux changements climatiques ont été adoptées. Il en est de même de la rentabilité et la durabilité des filières agricoles dans la zone d’intervention du programme qui se sont accrues. Ce qui a offert des opportunités d’emplois aux jeunes.
« Le processus de développement des filières agricoles est renforcé par un partenariat de qualité entre les institutions publiques, les organisations paysannes et les opérateurs privés », poursuit-il avant de marteler que les efforts fournis ont permis d’avoir de bons résultats dans l’intensification des cultures des marais.
L’expérience a demarré à Kayanza comme le signale M.Bitoga. Elle a ensuite été répliquée dans beaucoup de marais du pays et dans beaucoup de provinces.
L’intensification des cultures des marais comme inspiration
Le coordonnateur du PRODEFI estime que l’intensification des cultures des marais est une réalité bien qu’elle ne soit pas suffisante. Elle ne représente que 120 mille hectares contre plus de 2millions d’hectares sur les collines.
La question qui se pose est effectivement, selon toujours lui, de migrer des marais vers les collines. Cette stratégie a été tentée par le programme depuis 2018.
Au départ, témoigne M.Bitoga, cela n’a pas été facile. Il fallait que les gens mettent en commun les parcelles comme les parcelles le sont dans les marais.
« Néanmoins, dans les marais, il n’y a pas de bananeraie, d’arbres forestiers, d’arbres fruitiers ou d’autres cultures pérennes comme le café, les avocats…Ce qui facilite la culture en bloc. Là où cela a été possible, les expériences montrent que les cultures en bloc sont bien concluantes. Même les privés commencent à s’y lancer », fait remarquer le coordonnateur du PRODEFI.
Malgré cela, il évoque les difficultés rencontrées pour concrétiser cette stratégie, notamment la répartition anarchique de plusieurs cultures sur les exploitations collinaires.
La culture en bloc se heurte à la gestion des rotations des cultures, poursuit-il. M.Bitoga signale également un autre défi lié à l’insuffisance de la fumure organique. « Sur plus d’1 million 500 mille agri-éleveurs en besoin de bétail pour produire de la fumure organique, environ 4 mille en ont bénéficié. Le chemin est encore long, car plus d’un million d’agri-éleveurs n’ont pas encore bénéficié du bétail », informe M.Bitoga.
L’élevage a été promu dans une approche de chaîne de solidarité communautaire bovine, porcine, caprine.
A cela s’ajoute l’approvisionnement en semences de qualité. «La variété que nous distribuons est le maïs hybride importé. Elle coûte chère, soit entre 4 mille et 6 mille FBu le kilo. La qualité qui s’adapte mieux à tous les coins du pays est importée de l’Afrique du Sud. Elle coûte 6 mille FBu le kg. Or, nous n’avons pas de brevet pour cette variété. Nous sommes obligés de l’importer», avise-t-il.
Pour la transformation, le PRODEFI a déjà installé 4 unités de transformation maïs du qui seront opérationnelles à partir de cette année. M.Bitoga rassure que le programme arrive au niveau de la commercialisation.

Les Exploitations Modèles Economiquement Rentables (EMER) sont les prototypes d’exemples réussis des interventions du PRODEFI. Les appuis du PRODEFI changent la vie des agri-éleveurs via la concrétisation de leurs rêves. Ce qui permet aux EMERS de changer l’agriculture de subsistance en agriculture de marché.
Le FIDA accompagne les projets du gouvernement
Selon Emmanuel Ndorimana, secrétaire permanent au ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage, le FIDA contribue à la réalisation du slogan du gouvernement qui veut que chaque bouche ait à manger et que chaque poche soit remplie d’argent !
Nul doute, apprécie-t-il, que la production est bonne grâce aux interventions des projets financés par le FIDA. Ce qui cadre bel et bien avec le slogan ci-haut cité. Le gouvernement veut que tous les enfants du pays fréquentent l’école, que toute la population ait une alimentation équilibrée et, partant, participe au développement du pays. « Tout cela n’est facile que si la production agricole est bonne », renchérit M.Ndorimana.
Et de marteler : « Je salue l’initiative du PRODEFI, un projet pas comme les autres. Pour pas mal de projets, il arrive qu’au lieu que les responsables de ces projets ou programmes travaillent pour l’intérêt de tous, ils ne fassent que remplir leurs poches. Toutefois, même si le financement a été octroyé par le FIDA, le programme n’appartient pas au FIDA. C’est un programme du gouvernement. Le gouvernement c’est vous les citoyens, c’est vous les producteurs. Vous avez le devoir de pérenniser le projet ».
Complétant le secrétaire permanent du ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage, Rémy Cishahayo, gouverneur de la province de Kayanza témoigne que les interventions des projets financés par le FIDA ont augmenté et augmenteront encore la production dans sa province. Il met en garde les commerçants usuriers que l’administration va se conformer à la législation en vigueur pour les punir. Et de conseiller aux agri-éleveurs : « Ne soyez pas distraits par les commerçants usuriers! Le gouvernement a un projet d’acheter votre production à un prix rémunérateur et abordable pour les consommateurs ».
EMERs, l’exemple d’une mission réussie
Les Exploitations Modèles Economiquement Rentables (EMER) sont les prototypes d’exemples réussis des interventions du PRODEFI. Dans ce sens, les appuis du PRODEFI changent la vie des agri-éleveurs via la concrétisation de leurs rêves. En plus des formations sur les bonnes pratiques agricoles, les EMERS suivent des formations sur la nutrition, l’élaboration des plans d’affaires, le « Gender Action Learning System (GALS) », … ce paquet de formation permet aux EMERS de changer l’agriculture de subsistance en agriculture de marché.
François Manirakiza de la colline Mugitega, commune Bugendana de la province Gitega est conseiller de 30 membres de l’EMER. Il atteste qu’il a bénéficié d’une vache de la part du PRODEFI en 2015. « Depuis cette date, mes rêves se sont réalisés. Pour le moment, j’ai deux vaches qui me procurent du fumier et 20 litres de lait par jour. J’ai ensuite entretenu un champ de banane qui s’étend sur 2 hectares. A partir de ce champ, je récolte des régimes de banane que je vends au minimum à 10 mille FBu le régime. J’ai acheté une moto. Dans trois ans, je construirai une maison … », se réjouit-il
Des produits laitiers diversifiés
La filière laitière ne joue pas le rôle de la fertilisation du sol seulement. Il a permis la diversification des produits laitiers : le lait caillé, le lait pasteurisé, le yaourt, le fromage et le beurre. A Muhanga, dans la province de Kayanza, un Centre de Collecte de Lait (CCL) collecte et vend entre 1000 et 1500 litres par jour.
Un barrage hydroagricole sur la Ruvubu d’une valeur de 12 milliards de FBu
La filière riz est l’une des priorités du PRODEFI. Ce programme a réhabilité et aménagé des milliers d’hectares dans les marais dans l’optique d’y introduire le Système de Riziculture Intensif (SRI). Ce qui a permis d’augmenter les rendements de 1,5 tonnes/hectare à 6 tonnes/hectare tout en réduisant les semences de 60 kg/hectare à 12 kg/hectare.
De plus, des infrastructures de stockage et de valorisation ont été construites pour augmenter la qualité du riz et réduire les pertes post-récolte. Des mini-rizeries sont fonctionnelles avec une capacité de décorticage de 3 tonnes par jour.
Une plus-value, un barrage hydroagricole a été inauguré le 18 janvier 2021 sur la rivière Ruvubu dans la province de Kayanza. Selon Ati Salem, chef de la mission de contrôle de la construction dudit barrage du bureau ERA International de la Tunisie, le barrage a une valeur de 12 milliards de FBu et a été financé par le PRODEFI.
« Le barrage a un débit de 1,75m3 par seconde. Il permettra d’irriguer 800 hectares. La récolte sera de 4 mille tonnes par saison, soit 8 mille tonnes par an. Les exploitants du marais sont estimés à 11 mille agriculteurs », éclaire-t-il.
Les collines touchées par les bonnes pratiques agricoles
Le PRODEFI ne cesse d’introduire des techniques culturales modernes comme la distribution des semences de maïs hybride et la culture en bloc des pommes de terre.
La culture du maïs hybride permettra d’augmenter la production de la coopérative « Dukire inzara » de la colline Gatika, commune Busiga dans la province de Ngozi. Une production de 120 mille tonnes de maïs est attendue sur une superficie de 30 hectares.
Sur la colline Kibimba de la colline Giheta et sur les collines Gaterama et Nyakabinda de la commune Bugendana dans la province de Gitega, les agriculteurs attendent successivement une production de 110, 25 tonnes de maïs sur 18,64 hectares, 22,5 tonnes de maïs sur 9 hectares et 83,88 tonnes de maïs sur 24,5 hectares. « Avant, chaque tige de maïs naturel portait un épi. Avec l’appui de PRODEFI, nous avons planté le maïs hybride. Il ne porte pas moins de deux épis. La production sera multipliée donc par deux ou trois », applaudit Julienne Sindahora de la colline Kibimba, commune Giheta de la province Gitega.
Quant à la pomme de terre, sur la colline Kagwa, commune Muruta de la province Kayanza, la Coopérative de Commerce et de Développement de la commune Muruta compte récolter 600 tonnes de pomme de terre sur 30 hectares.
Les interventions du PRODEFI vont jusqu’à l’aquaculture. Sur la colline Mugerero, commune Gihanga de la province Bubanza, le PRODEFI a appuyé l’implémentation de 10 étangs piscicoles. Jean Pierre Nimbona, président et représentant légal d’ADECA confirme qu’avec cet appui, la coopérative est parvenue à élever 100 mille alevins.
Lancé en 2015 pour une durée de 5 ans, le PRODEFI phase 2 intervient dans huit provinces du Burundi, à savoir: Bubanza, Cibitoke, Gitega, Karusi, Kayanza, Muramvya, Muyinga et Ngozi.




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