Société

Quand la logique dame le pion aux mœurs

Il se remarque ces derniers temps un changement de paradigmes culturels surtout au niveau de la célébration des évènements, qu’ils soient douloureux ou empreints de joie. Les conservateurs le perçoivent comme une dégradation de la culture burundaise, tandis que les modernistes le voient plutôt comme une adaptation aux conditions de vie actuelle. Aloys Toyi, sociologue, suggère un espace de discussion pour pouvoir adapter la culture à la réalité actuelle 

Les cérémonies qui étaient jadis célébrées dans un intervalle d’une année peuvent se dérouler aujourd’hui en moins de 24h dans une même salle avec la même audience. Cela tant pour les cérémonies douloureuses que pour celles de joie. Ce changement est perçu différemment par la société burundaise. Pour les uns, ce qui se passe au Burundi actuellement, surtout dans la célébration des différents évènements, n’est qu’une dégradation des mœurs. Les autres pensent qu’il est question de s’adapter aux conditions économiques et sociales actuelles.

Certaines pratiques sont actuellement impossibles

Pour certains modernistes, il est pratiquement impossible de reproduire à la lettre les pratiques liées à la mort d’un membre de la famille comme on le faisait autre fois. Aujourd’hui, l’enterrement et la levée de deuil partielle se font souvent le même jour.  Cela est dû à plusieurs raisons dont l’évolution de la société et les conditions de vie de la plupart des Burundais qui ne le permettent plus.

Tout ce qui est traditionnel n’est pas bon à rejeter comme tout ce qui est moderne n’est pas bon à copier.

Pour le mariage, les cérémonies qui pouvaient se passer dans un intervalle d’une année peuvent se dérouler actuellement dans une journée pour éviter « des gaspillages inutiles ». « La pauvreté est la cause principale de ce changement de la façon dont ces fêtes sont célébrées. L‘espacement de ces cérémonies demandent beaucoup de moyens dont la plupart des ménages ne disposent pas », fait savoir C.B, un jeune marié.

L’évolution de la société ou la dégradation des mœurs ?

Nicodème Habiyambere est représentant légal de l’association UBUKI (Umutima ku Burundi ni ikirundi) Ndangakaranga. Il reconnait l’importance de l’évolution de la société burundaise. Il précise cependant que tout ce qui est traditionnel n’est pas bon à rejeter comme tout ce qui est moderne n’est pas bon à copier.

Selon lui, il est difficile d’affirmer que tous ces changements sont dus à la pauvreté car, explique-il, la pauvreté existait même autrefois. Le nœud du problème selon cet activiste de la culture burundaise est celui de vouloir copier les autres. « Ce qui coûte plutôt cher, c’est de dépenser pour les cérémonies plus qu’on a en copiant les autres. Si au moins chacun organisait les cérémonies proportionnellement à ses revenus », suggère-t-il. Pour ce qui est des cérémonies douloureuses, M. Habiyambere suggère un espacement entre les cérémonies pour valoriser le défunt.  Ce serait également une occasion pour ceux qui n’ont pas pu participer à l’enterrement par exemple de participer à la levée de deuil.

Un espace de discussion est nécessaire

Selon Aloys Toyi, sociologue et professeur à l’université du Burundi, partout dans le monde, la société évolue. Et cette évolution oblige les gens, qu’ils le veuillent ou pas, à s’y adapter. «Certaines pratiques sont presqu’ impossibles actuellement. D’autres n’ont plus aucun sens comparativement aux motivations d’autrefois. Pour moi, s’attacher à de telles pratiques ne ferait que détruire la société au lieu de la consolider», fait-il savoir.

Selon ce sociologue, d’autres évènements par contre, en plus d’être des cérémonies, tissaient et entretenaient les relations et la cohésion sociales. « Ce sont des pratiques à garder jalousement comme un héritage et une identité propre à la société burundaise », insiste-t-il.

Pour M.Toyi, le gouvernement du Burundi via le ministère ayant la culture dans ses attributions devrait créer un espace de discussion pour pouvoir adapter la culture à la réalité actuelle. « S’il n’y a pas de ligne directrice, chacun le fait selon sa volonté. Le devoir du gouvernement est primordial dans l’élaboration d’un terrain d’entente entre les conservateurs et les modernistes », ajoute-il.

Pour plus de lumière sur le déroulement des différentes étapes de célébration du mariage selon la tradition burundaise, un dossier rédactionnel sur ce sujet sera publié dans nos publications ultérieures. 

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A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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