La recherche et l’innovation dans les institutions d’enseignement supérieur constituent un pont pour accéder au développement. Néanmoins, pas mal d’embûches gangrènent ce secteur. Et Burundi Eco de revenir dans ce numéro sur le pas déjà franchi dans la promotion dudit secteur

Gaspard Banyankimbona, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique : «La recherche et l’innovation sont des outils importants dans la lutte contre la pauvreté»
Le Burundi dispose de centres de recherche. Malheureusement, leur contribution au développement durable n’est pas encore visible, indiquent certains participants à l’atelier d’échange sur les orientations stratégiques du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique pour l’opérationnalisation d’une plateforme de tous les acteurs au développement qui s’est tenu jeudi le 31 janvier 2019. Ils se lamentent du fait que le peu de projets de recherche réalisés reste dans les tiroirs au lieu d’être exploités. Par contre, la contribution des professeurs d’université au développement dans les autres pays est remarquable. Ils mettent sur le marché de nouveaux produits qui génèrent des revenus, qui améliorent les conditions de vie des ménages ou protègent l’environnement. Ils se lamentent du fait qu’au Burundi les professeurs chercheurs ne font rien pour changer la vie des communautés.
De plus, Ginette Karirekinyana, représentante de Karire Products Entreprise indique qu’il s’observe au Burundi une fracture entre la recherche et l’innovation. Les professeurs chercheurs s’intéressent beaucoup plus aux entreprises comme des consultants, mais pas comme des partenaires ayant le souci de faire avancer l’innovation sur terrain. Et de leur demander de sortir de leurs bureaux et de rencontrer les entrepreneurs sur terrain pour générer des produits de qualité dont la population a besoin.
Même si la situation se présente ainsi, Gaspard Banyankimbona, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique affirme que la recherche et l’innovation sont des outils importants dans la lutte contre la pauvreté. Désormais, il demande aux chercheurs de prendre les devants dans cette lutte.
Juma Shabani, représentant de l’école doctorale à l’Université du Burundi souligne des éléments dont il faut toujours tenir compte dans la société de l’économie du savoir pour arriver au développement. Il met en exergue l’évolution rapide des connaissances, des compétences et de leur application dans le processus de développement. Ce ne sont pas seulement les matières premières qui sont les éléments moteurs du développement comme la plupart des gens aiment le dire, note-t-il. Il cite aussi la compétitivité accrue et l’innovation. Selon toujours lui, les universités doivent être au centre de tout le processus de développement durable dans la société de l’économie du savoir. Elles constituent le pont pour y accéder.

Ginette Karirekinyana, représentante de Karire Products Entreprise : «Il s’observe au Burundi une fracture entre la recherche et l’innovation»
Les défis majeurs
Cependant, Shabani fait savoir que pas mal de défis handicapent le secteur de la recherche et de l’innovation dans les universités. Se concentrer sur les travaux de recherche nécessite des ressources humaines suffisantes. Néanmoins, l’effectif des chercheurs est limité alors que celui des candidats à l’école doctorale ne cesse d’augmenter. Actuellement, Shabani fait savoir que 42 étudiants sont à l’œuvre à l’école doctorale. 30 nouveaux doctorants vont bientôt commencer les activités académiques. Nonobstant, il s’inquiète du fait que cette situation impacte les travaux de recherche car le maximum de leur temps est réservé aux activités académiques pour terminer les programmes à temps. «J’ai un collègue qui encadre huit doctorants et cela dans des domaines qui ne se ressemblent pas», s’inquiète-t-il. Et d’ajouter qu’il y en a d’autres qui vivent cette peine. Selon lui, ce qui est malheureux est que ce n’est pas pour demain qu’on va trouver la solution à ce problème.
«Nous devons alors travailler d’arrache-pied pour accroître l’effectif des ressources humaines compétentes», martèle Shabani. Les autres ont résolu cette équation. L’exemple est l’Afrique du Sud qui s’est fixé l’objectif d’augmenter l’effectif des chercheurs jusqu’à 5000 par an depuis 2010 à 2030. Au Nigeria, quatre universités forment les étudiants de niveau master et doctorat alors qu’au Burundi il n’y a qu’une seule: l’UB.

Prof Elias Sentamba : « Le fait de prioriser la recherche pour accéder au développement est une bonne initiative »
De plus, le manque de moyens financiers dans les centres de recherche au Burundi est une barrière majeure, fait remarquer Shabani. Ce n’est pas avec les fonds octroyés à l’UB qu’on pourra financer la recherche qui peut conduire à des résultats applicables aux ODD, indique-t-il. Il ne tourne pas autour du pot en précisant qu’il faut chercher d’autres fonds. Selon lui, il y a beaucoup de financements au niveau régional et International. Cependant, des exigences pour accéder à ces financements sont requises. Nos centres de recherche n’ont pas tout ce dont les bailleurs de fonds ont besoin pour bénéficier des ressources financières. A titre d’exemple, chaque université devrait nouer des partenariats avec les universités des autres pays. Une fois que ce critère n’est pas rempli, les chercheurs de cette université qui a choisi d’agir en solo en pâtissent, car leurs projets de recherche sont jetés dans la poubelle.
Où est-ce qu’on en est ?
Malgré ces défis, Shabani fait savoir que 18 articles ont été publiés dans les revues internationales. De plus, deux ouvrages sont en cours de publication. Le premier dispose d’une cinquantaine d’articles sur la technologie et le deuxième sur la sécurité alimentaire. De plus, l’UB a commencé depuis 2018 à stimuler les chercheurs pour les inciter à innover. Elle a disponibilisé un budget de 100 millions de FBu destiné aux travaux de recherche. Pour tout chercheur qui parvient à concevoir son projet de recherche, on lui accorde 7 000 000 de FBu. Depuis que cette initiative a été prise, 24 projets d’une valeur de 168 millions de FBu ont vu le jour. Les professeurs chercheurs de cette institution en sont ravis. Par contre, ils disent que ce montant est insignifiant au regard des moyens que nécessite la réalisation d’une recherche. Ils gardent l’espoir que ça viendra. Ils demandent au gouvernement de mettre en place un budget consistant destiné à la recherche.
Des centres de recherche disparates
Déo Nimpagaritse, recteur de l’Université Lumière de Bujumbura salue l’initiative du gouvernement de penser à développer le pays via les recherches. Cependant, il demande au gouvernement de mettre en place un seul centre qui rassemble tous les centres de recherche des différentes universités. Son constat est que les centres de recherche sont disparates. Ce qui fait que leurs resultats ne sont pas visibles. Ce centre va signer des contrats de résultats avec les universités. Selon Nimpagaritse, cette stratégie leur permettra de se connaître, de converger vers un même but et de partager les expériences.
Prof Elias Sentamba, précise que le fait de prioriser la recherche pour accéder au développement est une bonne initiative. On a trop tardé à y arriver, car la recherche a été toujours considérée comme quelque chose qui se fait en vase clos. Ce qu’on tente de faire est une véritable révolution, car pour qu’il y ait changement de façon durable, il faut qu’il y ait un véritable écart entre ce qui «est» (c’est-à-dire ce qui se vit) d’une part et ce qui devrait être ou pourrait être si on change la façon de faire d’autre part. Et de leur demander de faire des efforts en termes de visibilité et ce qu’ils font de spécifique.




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