La vente de la viande sous différentes formes s’observe à travers toute la ville de Bujumbura. Se livrant une concurrence acharnée, de grandes et petites boucheries préparent et vendent de la viande. A part les boucheries modernes, certaines personnes exercent le métier de boucher de la manière la plus rudimentaire. Portrait
Vers 17 h de l’après-midi, nous arrivons au petit centre de négoce qui s’étend sur la partie orientale de l’avenue de l’Unesco en aval du campus Mutanga de l’université du Burundi. C’est l’heure où le plat du soir se prépare dans toutes les familles. Dans le ciel, le soleil disparait derrière les hautes montagnes du Congo qui surplombent le lac Tanganyika. Le climat ambiant témoigne la fin d’une longue journée qui a été trop ensoleillée. Des vendeuses de fruits et de légumes accueillent leurs derniers clients qui s’approvisionnent pour leur plat du soir. A cette heure de la journée, plusieurs personnes convergent vers ce petit centre de négoce. Femmes et travailleurs de ménages peuplent le milieu. A l’extrémité, un homme a aménagé un petit espace pour dépecer et vendre la viande. Il s’appelle Jean Damascène Rukundo.

A part les boucheries modernes, certaines personnes exercent le métier de boucher de la manière la plus rudimentaire dans la municipalité de Bujumbura
Nous nous approchons de lui pour engager notre conversation. Son visage un peu ridé est celui d’un homme qui vieillit. Une vieille casquette sur sa tête dissimule difficilement des cheveux qui se blanchissent déjà. A côte de lui, trois personnes se tiennent debout attendant d’être servies tour à tour, avec des sachets à la main. Il se concentre sur son travail, maniant alternativement couteau et machette. Homme d’un esprit ouvert, il se confiera à nous après le départ de ses clients. Sa vie ne surprend en rien. Comme tant d’autres personnes, il vie de son art.
Quand la survie se nourrit du courage
Rukundo est un professionnel du domaine. A la différence des autres personnes exerçant différents métiers dans la ville de Bujumbura qui sont souvent originaires de l’intérieur du pays, ce boucher est natif de Musaga dans la municipalité de Bujumbura. Actuellement, il est marié et père de quatre enfants. Sa femme est vendeuse de légumes et le couple se porte à merveille. D’après ses dires, l’homme a exercé le métier de boucher depuis son jeune âge. Il a grillé et vendu la viande en brochettes depuis son jeune âge. Son dynamisme dans l’art de bien griller la brochette le destinera peu à peu au métier de boucher.
Rukundo aura réussi pendant un bon moment pour retomber en faillite plus tard. Travaillant pour son propre compte, il avait réussi à abattre jusqu’à deux vaches au marché central de Bujumbura. Selon lui, ce travail lui procure des revenus lui permettant de faire bien vivre sa famille. Après l’incendie de ce grand marché de la ville qui lui avait permis d’accroître son capital, son business subira les contrecoups. Il sera obligé de changer de temps en temps de lieu de travail et de réduire fortement la quantité qu’il pouvait écouler. Pour lui, cela a été un échec cuisant. « Tenez, on ne peut pas écouler la même quantité au marché que dans un quartier quelconque ». Plombé par l’exiguïté du marché du quartier, son activité sera réduite plus tard à un simple métier de survie. Il sera de temps en temps employé comme journalier à l’abattoir public de Kamenge pour ne gagner qu’un maigre salaire.
Ce boucher qui croupit dans la misère continue à exercer ce métier qui permet à sa famille de survivre. Il dit que son capital varie entre quarante-cinq et soixante mille francs burundais. Il affirme qu’il enregistre quelquefois des pertes. Nous avons voulu savoir combien lui rapporte son métier, si le risque d’enregistrer des pertes est grand. Selon notre interlocuteur, vendre la viande au détail est plus risquant et exige une certaine expérience. « Allez demander combien croupissent en prison à cause de ce business. Cela ressort du fait qu’il y en a beaucoup qui contractent des dettes qu’ils ne pourront pas payer par la suite », rétorque-t-il. Tant pis, Rukundo est toujours présent à son poste de travail depuis le matin. Après s’être approvisionné à l’abattoir, il doit travailler toute la journée pour pouvoir écouler toute sa marchandise.




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