Les activistes des droits de la personne humaine ont fait de la lutte contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) leur cheval de bataille. Malgré les progrès réalisés en la matière, le combat semble exclure une catégorie de personnes : les sourds. Ces derniers ne sont pas à l’abri du danger. L’incapacité à s’exprimer verbalement les fragilise davantage. Leur cas est peu pris en compte et, par conséquent, peu traité
Les organisations œuvrant dans le domaine des droits de la personne humaine invitent chaque fois les victimes des violences basées sur le genre à les dénoncer. Mais qu’en est-il des personnes qui ne peuvent ni parler, ni entendre : les sourds ? Subissent-ils aussi des violences basées sur le genre ?
Les VBG, une triste réalité
Plus de 35 cas de violences basées sur le genre ont été perpétrées contre les personnes sourdes à Bujumbura, et plus de 150 à l’intérieur du pays durant l’année 2020. Les formes de violences fréquemment rencontrées sont entre autres : les violences sexuelles et les violences sociales.

De gauche à droite, Marie Ange Bugoma et Sidonie Nduwimana : « les signes sont notre façon à nous de s’exprimer. C’est pourquoi notre association s’appelle association des sourds du Burundi et non association des sourds-muets du Burundi ».
Les violences sexuelles sont les plus fréquentes chez les femmes sourdes. Certains maniaques sexuels profitent du handicap et des conditions financières des filles sourdes pour les violer. «On a déjà enregistré pas mal de cas de grossesses non désirées et, malheureusement, dans la plupart des cas on ignore les auteurs du forfait. Il y a une fille sourde qui a non seulement un enfant de père inconnu, mais aussi elle a été infectée par le VIH. Certainement qu’il y a d’autres cas de violences sexuelles qui nous sont inconnus», fait savoir Marie Ange Bugoma, vice-présidente de l’association pour l’auto-développement des femmes sourdes.
Quand le langage devient une barrière
« Ne dites plus que nous sommes muets », martèle Mme Sidonie Nduwimana, conseillère a l’association pour l’auto-développement des femmes sourdes, « Notre langage est différent du vôtre. Vous vous exprimez avec la bouche et, pour nous, les signes sont notre façon à nous de s’exprimer. C’est pourquoi notre association s’appelle association des sourds du Burundi et non association des sourds-muets du Burundi ».
Le langage des signes est inconnu ou mal interprété par la plupart des citoyens Burundais. Il n’est enseigné ni dans les écoles fondamentales, ni dans les écoles supérieures. Pourtant, son intégration dans le système éducatif burundais contribuerait énormément dans la lutte contre violences basées sur le genre perpétrées contre les personnes sourdes. La plupart des cas de violences sexuelles sont dénoncés tardivement par les personnes sourdes qu’en sont victimes. Ce retard est dû souvent à l’incompatibilité de langage. Il s’agit soit des parents ayant des enfants sourds qui ne connaissent pas le langage des signes, soit des sourds qui ne connaissent pas les termes techniques à utiliser pour exprimer ce qui leur est arrivé. Même quand ces cas sont dénoncés, les personnes sourdes victimes des violences sexuelles bénéficient difficilement de l’assistance tant médicale que psychologique.
Cela est dû au fait que les médecins et les responsables des centres de prise en charge de ces cas ne comprennent pas le langage des signes.
Les défenseures des droits des sourds ne décolèrent pas
« Nous ne lâcherons jamais avant que le langage des signes soit intégré dans le système éducatifs burundais. Nous faisons recours aux services publics comme tout autre citoyen mais,malheureusement, l’incompatibilité langagière nous bloque. Nous comptons réaliser plusieurs activités dans ce combat. Nous vivons uniquement des cotisations de nos membres et de la contribution du ministère de la solidarité qui s’élève à 2 millions de FBu par an. Nous invitons le Gouvernement à appuyer les sourds d’une façon particulière, leurs exigences sont toutes aussi particulières », conclut Marie Ange Bugoma
La campagne de 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, édition 2020 a commencé le 25 novembre pour se clôturer le 10 décembre. Sous le thème : « Orangeons le Burundi : ensemble pour mettre fin aux violences faites aux femmes et filles ».




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