Economie

Les cours du billet vert s’envolent

L’écart se creuse de plus en plus entre le franc Burundais et le dollar. Sur le marché de change officiel, un dollar s’échange contre 1 957 FBu. Cette dépréciation de la monnaie locale enfonce l’économie. La tendance d’une spirale inflationniste se dessine. Cela risquerait de perturber les échanges commerciaux

Le marché « noir » des devises refait surface. Le commerce des devises gagne du terrain. « Les banques commerciales n’arrivent pas à satisfaire la demande des agents économiques. Ces derniers se rabattent sur le marché noir », lâche un cambiste ambulant. Les changeurs de devises réapparaissent au centre-ville. Par des gestes et mimiques, ils détectent le moindre mouvement d’un client potentiel. Les cambistes courent un grand risque au vu des mesures édictées par la Banque centrale pour en finir avec le marché de change libre.

La monnaie locale se déprécie exponentiellement

Le dollar s’est imposé progressivement comme la devise du commerce international et la monnaie de réserve du monde entier. En 2018, les économistes estiment qu’environ 87% des opérations de change et 50% du commerce dans le monde s’effectuent en USD.  Ils font savoir que 75% des billets de 100 USD circulent en dehors des USA et 60% des réserves des banques centrales sont libellées en billets verts.

La fermeture des bureaux de change par la Banque centrale ne résout en rien la problématique de manque de devises.

Normalement, une économie qui fonctionne doit stabiliser sa monnaie face à la monte de la valeur du dollar. Le cours de change officiel du 3 décembre 2020 montre que le dollar se change contre 1 957 FBu. En décembre 2018, le cours de change était fixé à 1817 FBu pour un dollar. Sur le marché parallèle, le prix du billet vert flambe. Un dollar s’échange contre 3 300 FBu au 2 décembre 2020 alors que la valeur d’un dollar était de 2 800 FBu avant la fermeture des bureaux de change (février 2020). Les importateurs tirent la sonnette d’alarme. L’approvisionnement en marchandises tourne au ralenti alors que la demande ne fléchit pas.

Flambée des prix sur le marché

Les prix de certains produits tels que la viande de bœuf, les matériaux de construction, les denrées alimentaires sont en nette augmentation. Les commerçants attribuent cette hausse à la rareté des devises. Un importateur de vaches qui s’est confié à la rédaction du journal Burundi Eco explique que la pénurie des devises a comme conséquence la dépréciation du FBu.

Il fait référence aux shillings tanzaniens. « Pour importer les vaches à partir de la Tanzanie, nous devons convertir les FBu en shillings car, à la frontière les transactions s’opèrent en monnaie tanzanienne. Or, le FBu ne cesse de se déprécier face au shilling. Nous devons mobiliser plus de ressources pour importer. Ce qui influe sur le prix d’un kilo de viande sur le marché local », se désole-t-il.

Les réserves de devises en chute libre

Les principales sources de devises pour le Burundi sont surtout les exportations largement dominées par les produits agricoles (café, thé), les minerais (or, terres rares, minerais dit 3T). Les recettes sous forme d’aide ou de dons ne viennent que pour compléter les ressources disponibles. Cependant, les exportations ont chuté.

Les réserves en devises s’amenuisent. Entre les mois de décembre 2019 et de mars 2020, les réserves officielles ont reculé de 35,7%. Elles sont passées de 113,5 millions USD à 73 millions USD. En revanche, elles se sont accrues de 30,1% en glissement annuel, et couvraient 0,9 mois d’importation de biens et de services, contre 0,7 mois à la même période, lit-on dans le rapport de la politique monétaire.

Le différentiel du taux de change, une entrave au développement

Le différentiel du taux de change entre le marché officiel et le marché parallèle impacte négativement la vie économique du pays. « Les taux appliqués sur le marché parallèle alimentent les tensions inflationnistes », a précisé Dr Léonidas Ndayizeye, professeur à l’Université du Burundi dans un entretien accordé à notre rédaction en novembre 2018.

Il est à noter qu’une dépréciation soudaine de la monnaie nationale peut entraîner une hausse des prix des produits importés. Un taux de change élevé de la monnaie locale en devises étrangères la déprécie. Ce qui entraine une inflation cyclique.

Dr Ndayizeye explique que la baisse de la valeur de la monnaie nationale a pour effet direct la hausse des prix des produits importés. Dans ce cas, on parle alors de l’effet prix. « Pour les entreprises, les coûts des intrants importés augmentent. Ce qui accroît le coût de production.  Cette situation a un effet négatif sur leur compétitivité », s’indigne-t-il.

Une batterie de mesures pour règlementer le marché de change

En août 2019, le Conseil National de Sécurité (CNS) a dénoncé la spéculation observée au niveau des Bureaux de change des devises. Les membres du conseil se sont inscrit en faux contre cette fraude qui mettait en lumière la dépréciation de la monnaie nationale et qui constituait de ce fait une entrave au développement économique et social du pays.

Les bureaux de change ont été sommés de se regrouper en association et d’utiliser le logiciel de vente de devises.  Les mesures prises n’ont pas produit les effets escomptés. Finalement, il a été décidé de fermer complètement les bureaux de change. Désormais, seules les banques commerciales sont autorisées à faire les opérations de change. Des interrogations subsistent quant à l’efficacité de ces différentes mesures d’autant plus que le pays connait toujours une pénurie de devises.

A propos de l'auteur

Benjamin Kuriyo.

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Un commentaire
  • R dit :

    Le seul moyen de stabiliser la monnaie serait que la Banque Centrale disponibilise les Dollar au taux de 1$ = Fbu 2400. Laisser une marge de 100 Fbu aux bureaux de change. Ainsi le Dollar sera disponible a 2500.

Les commentaires sont fermés.

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