Environnement

Les déchets industriels menacent le lac Tanganyika

Les entreprises industrielles et les artisanales installées sur le littoral du lac Tanganyika menacent à la biodiversité de ce lac. Ces dernières produisent des déchets toxiques issus des substances chimiques utilisées lors de la transformation des matières premières. En conséquence ces produits nocifs (les acides, les métaux lourds et les hydrocarbures) sont à l’origine de la disparition de certaines espèces de poissons, les maladies respiratoires, des malformations congénitales et des maladies chroniques comme le cancer.

Des déchets solides et liquides se déversent dans le lac à l’endroit dit « Kumase »

Les eaux usées industrielles de la ville de Bujumbura sont en quasi-totalité déversées dans le lac Tanganyika soit directement, soit par infiltration. C’est un vrai problème car Bujumbura regorge de centaines d’entreprises industrielles qui menacent potentiellement la biodiversité du lac.

Les entreprises polluantes sont entre autres  les entreprises agro-alimentaires, les entreprises textiles, les entreprises métallurgiques, les entreprises de peintures, les savonneries, les entreprises chimiques et pharmaceutiques, les garages et les stations-services. Les eaux usées des entreprises industrielles contiennent de nombreuses substances chimiques et toxiques. Il s’agit du sulfate d’ammonium, du chlorure de calcium, des métaux lourds (cadmium, chrome, cobalt, cuivre, plomb, zinc, mercure, les acides (acide nitrique, acide sulfurique), l’hydroxyde de sodium, les détergents, les désinfectants, les hydrocarbures et le sulfate de fer.

Des eaux multicolores provenant des usines et industries de la capitale transitent par les affluents du lac Tanganyika. De part et autre de la rivière Ntahangwa, s’observe une agglomération d’entreprises industrielles de la ville de Bujumbura. Ces dernières déversent les eaux usées et les déchets solides contenant des métaux lourds et d’autres substances chimiques nuisibles à la santé dans le lac. La rivière Kinyankonge qui charrie les eaux usées des savonneries et des entreprises chimiques ou pharmaceutiques se jette aussi dans le lac. La grande partie des produits chimiques déversés dans les rivières par les usines prennent l’oxygène présent naturellement dans l’eau. Cela provoque la mort des poissons. Mais aussi il y a de l’huile qui se forme à la surface de l’eau empoisonnant ainsi l’air contenu dans les eaux du lac.

La transformation de la peau animale en cuir nécessite par exemple l’utilisation des produits chimiques. D’où la présence des produits chimiques comme  l’hydroxyde de sodium, l’hypochlorite de sodium, le dichromate de potassium, les chlorures, l’acide sulfurique, l’acide formique, le sulfure de sodium, les sels de sodium et d’ammonium, etc.). La peau obtenue est ensuite traitée par le chrome ou les colorants pour obtenir le cuir. Les produits utilisés dans la fabrication du cuir sont mélangés aux eaux usées avec un net apport en charge polluante.

Impact de la pollution sur l’écosystème aquatique

L’écosystème aquatique étant l’ensemble des organismes vivant dans ce milieu, il est constitué de la biocénose (l’habitant) et du biotope (l’habitat). Les principaux problèmes engendrés par la pollution sur les poissons sont : l’asphyxie qui est l’arrêt plus ou moins long de la circulation de l’oxygène dans un corps. L’anoxie, c’est-à-dire la diminution de la quantité d’oxygène distribuée dans les tissus par le sang et l’obturation des ouïes.

Vue partielle de la station d’épuration du garage Old East

Les études montrent que certaines espèces de poissons telles le tilapia et les clarias gariepinus s’acclimatent bien à la pollution des eaux. Elles se nourrissent des produits très polluants comme les métaux lourds (le plomb,  le chrome, etc) en provenance des usines,  surtout métallurgiques et textiles.

La pollution de l’eau nuit à la santé

Par le phénomène dit bioaccumulation, les espèces de poissons qui résistent à la pollution accumulent les polluants. Ces derniers sont vecteurs de certaines maladies dont le cancer, les déformations chez les enfants, la stérilité chez les femmes, etc.

Il est à noter également que la plupart des métaux lourds sont mortels ou du moins causent des anomalies graves à l’organisme. « L’ingestion de fortes doses de chrome (VI) induit des vertiges, une sensation de soif, des douleurs abdominales, des diarrhées hémorragiques, et dans les cas les plus sévères un coma et la mort » (http://www.institut-numerique.org).

Les effets directs sur la santé humaine peuvent être dus à la toxicité élevée des polluants déversés dans les sources d’eau potable ou les eaux de baignade : métaux (mercure, chrome, plomb, cadmium, nickel), les nitrates,….

Les effets indirects sur la santé humaine sont liés à la contamination des milieux aquatiques par des polluants non biodégradables qui peuvent se stocker dans certains compartiments des écosystèmes. Les polluants se concentrent dans les organismes vivants tout au long de la chaîne alimentaire : pollutions métalliques, hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les nitrosamines (une famille de composés chimiques azotés et oxydés) très cancérigènes se concentrent surtout au niveau de l’estomac et de l’appareil digestif.

Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), environ deux milliards de tonnes d’eaux usées et d’eaux contaminées par les déchets industriels et les pesticides sont déversées chaque jour dans les lacs, les rivières, les mers et les océans. Elles contribuent à la propagation des maladies et à la destruction des écosystèmes. « 3,7% des décès dans le monde sont attribués à des maladies liées à la pollution de l’eau. Plus de la moitié des lits d’hôpitaux sont occupés par des personnes souffrant de ces maladies », précise le rapport du PNUE.

Des initiatives pour protéger le lac 

La plupart des industries burundaises se concentrent non loin du lac Tanganyika et le système de traitement préalable de l’eau y est absent. L’une des activités urgentes consiste à instaurer le système de prétraitement au sein même des entreprises industrielles. Les déchets doivent être traités avant d’être déversés dans les égouts.

A part la grande station d’épuration de Buterere qui est malheureusement en panne actuellement, il y a aussi certaines institutions qui traitent leurs propres déchets. On peut aussi citer la station d’épuration de l’Hôpital Roi Khaled, la station de traitement des eaux usées de l’entreprise Afritextile qui utilise la précipitation chimique, ainsi que la station du garage Old East qui fait le dessablage et le déshuilage. Ce dernier est l’unique garage au Burundi qui possède une station d’épuration. Le journal Burundi Eco s’est rendu sur terrain pour constater le processus de traitement des déchets au niveau de ce garage. Ainsi les garagistes récupèrent tous les résidus des huiles qui sont stockés dans des fûts propres. Les eaux de pluie et les eaux usées passent à travers une station d’épuration avant de se jeter à l’extérieur des bâtiments.

Rappelons que des mesures sévères ont été prises pour lutter contre la pollution du lac Tanganyika. L’on se souviendra de la décision du ministre de l’Eau,  de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme de suspendre les activités des sociétés Afritan Tannery (AFRITAN) et China Burundi Tannery (SINOBU). Celles-ci étaient accusées de non-respect des normes environnementales. Elles rejettent  directement leurs déchets solides et liquides dans les eaux du lac.

A propos de l'auteur

Benjamin Kuriyo.

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