Agriculture

L’agriculture burundaise mérite d’être modernisée

Spark Burundi a organisé un salon national sur l’agribusiness. L’objectif de celui-ci était de promouvoir les petits entrepreneurs et producteurs agricoles. C’était aussi une occasion pour les agriculteurs d’écouler leurs produits, de partager les expériences et d’échanger sur les défis qui hantent le secteur agricole afin de développer l’agribusiness au Burundi. Cependant, à travers différentes interventions, il a été constaté que l’agriculture burundaise fait face à un certain nombre de défis.

Samson Ndayizeye, Secrétaire Permanent au ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme, coupant le ruban symbolique à l’occasion de l’ouverture du salon national sur l’agribusiness.

Le Burundi est un pays dont l’économie a été longtemps basée sur l’agriculture. Cependant, cette dernière est essentiellement tournée vers la satisfaction des besoins alimentaires des ménages. Ceci reste toujours le cas même si on note une volonté de profonde transformation.

«L’agriculture doit d’abord et avant tout assurer l’autosuffisance alimentaire. La première indépendance d’un pays est avant tout alimentaire avant d’être politique», précise Théodomir Rishirumuhirwa, Directeur Général de l’Agrobiotec. Il déplore le fait que le secteur agricole n’est pas subventionné comme l’a fait de l’Union européenne en subventionnant son agriculture par la mise en place d’une politique agricole commune (PAC).

« L’agriculture mérite d’être modernisée pour la rendre plus productive », estime M. Rishirumuhirwa. Il rappelle que beaucoup de pays asiatiques ont connu des famines endémiques jusqu’à ce qu’ils cheminent vers la résolution agricole verte. Comme résultat, actuellement les asiatiques sont des exportateurs de produits vivriers. Il signale que le Burundi comme d’autres pays africains n’a d’autres choix que d’optimiser les rendements au risque de s’enfoncer dans des crises socio-politiques à répétition car, lance-il, un peuple qui a faim ne peut pas connaître une paix durable.

D’après lui, la modernisation de l’agriculture ne porte pas uniquement sur l’augmentation de la production, elle passe aussi par l’accès à l’innovation. Elle passe également par la promotion de la technologie agricole. Ceci, afin d’apporter une valeur ajoutée aux produits pour une meilleure intégration aux marchés nationaux, régionaux et internationaux.

Selon lui, les pouvoirs publics devront mener une politique de promotion de l’agriculture dans le respect des accords de Maputo en consacrant au moins 10 % du budget national à ce secteur. Pour lui, il est grand temps que cette recommandation soit mise en application, car il estime que l’agriculture n’a pas fait beaucoup d’avancées malgré les efforts fournis.

« Comment inverser la tendance »

Une définition claire de la vision de l’agriculture dans le court et le moyen terme s‘avère urgente, précise M.Rishirumuhirwa. Cette dernière se traduit par un engagement ferme et une politique mettant le secteur agricole dans les priorités. Parmi les engagements à opérer, il faut repenser de fonds en comble le système d’enseignement agricole au Burundi car, depuis la période coloniale, l’Etat a réservé peu de place à l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, l’agriculture a besoin de plus de micro, petits et moyens entrepreneurs que de bons commis de l’Etat, mentionne M.Rishirumuhirwa.

L’enseignement devrait aller de pair avec l’accès à l’innovation et à la technologie au lieu de suivre toujours le schéma classique orienté vers l’acquisition d’un diplôme considéré à tort comme une fin. Il indique plutôt que c’est le début d’une longue marche vers l’acquisition d’un savoir de plus en plus pointu et de nouvelles techniques de production et de transformation dans la carrière de tout entrepreneur appelé à continuer à exister et à développer son activité. M.Rishirumuhirwa précise que les agronomes devraient être des modèles de micro, petits et moyens entrepreneurs, surtout dans les domaines porteurs dont la pisciculture, l’élevage de la volaille, des porcs, des épices, des fruits et d’autres cultures à hauts rendements pour le marché local et l’exportation.

Théodomir Rishirumuhirwa, Directeur Général de l’agrobiotec : « La première indépendance d’un pays est avant tout alimentaire avant d’être politique »

Financement du secteur agricole

Pendant longtemps, le principal investisseur dans l’agriculture est et reste l’Etat et les différentes coopérations et organisations non gouvernementales, souligne M.Rishirumuhirwa .Il ajoute que le financement privé s’articule autour de l’autofinancement, de l’argent des banques, des microfinances et des microcrédits ruraux. Les principaux goulots d’étranglement de ce secteur sont la très faible capacité de financement, les travaux d’intérêt excessivement élevé pour un secteur à faible rentabilité, à maturité lente et dans un contexte de changements climatiques fréquents auxquels il faut ajouter des crédits aux taux d’intérêts de 18 % dans les banques et de 25 % en moyenne dans les microfinances M.Rishirumuhirwa informe que le financement du secteur agricole se heurte aux garanties exigées par les institutions financières . Il ajoute que le manque de systèmes d’assurance agricole capables de couvrir les risques et calamités auxquels sont confrontés les investissements constituent un autre goulot d’étranglement.

Cependant, au sujet de garantie de l’Etat, la nouvelle loi bancaire accorde une exonération d’impôt sur le revenu à hauteur de 50 % comme le stipule l’article 84 de la loi bancaire en vigueur. « Les bénéfices générés par les crédits injectés dans le secteur agro-pastoral sont exonérés d’impôts sur revenu à hauteur de 50 % en faveur des établissements assujettis ayant accordé les crédits. Les produits concernés sont déterminés par une ordonnance conjointe des ministres ayant respectivement les finances, l’agriculture et l’élevage dans leurs attributions »

Remèdes

Pour faire face à ces défis M.Rishirumuhirwa estime impératif d’engager d’importantes ressources sur le budget annuel alloué au ministère de l’Agriculture et de l’Elevage et par les Partenaires Techniques et Financiers (PTF) sous forme de lignes de crédits qui permettraient de créer des fonds de soutien à l’investissement agricole, des fonds de garantie et d’assurance du secteur. Il ajoute que les taux d’intérêts doivent être bonifiés pour certains domaines prioritaires. Ces ressources devraient soutenir les jeunes entrepreneurs ruraux, surtout ceux ayant suivi des formations agricoles à tous les niveaux ainsi que les agents et cadres de l’Etat voulant se reconvertir dans l’agriculture.

« Le Burundi dispose d’un marché potentiel »

L’ambassadeur des Pays Bas au Burundi, Harry Verweij se pose cette question : « Why not to develop agri-business in Burundi ? » qui se traduit en français par « Pourquoi pas l’exportation des produits agricoles au Burundi ». Il précise que le Burundi dispose d’un marché potentiel. Celui d’être membre de la Communauté Est Africaine dont la population représente plus de 130 millions d’habitants. L’autre marché potentiel pour le Burundi est la République Démocratique du Congo, un pays voisin dont la population est estimée à plus de 80 millions d’habitants.

Joris Ngabire, représentant Pays de Spark

M.Harry encourage donc les acteurs dans l’agri-business à profiter de ces opportunités pour se lancer réellement dans la transformation et la commercialisation des produits agricoles. Et l’ambassadeur des Pays Bas de témoigner : « Le Burundi et les Pays Bas ont la même superficie. Néanmoins, avec la même superficie et des défis similaires, les Pays Bas sont le deuxième exportateur de produits agricoles au niveau mondial ». Il ajoute que les Pays Bas ont profité du marché de 500 millions de personnes que représente l’Europe. Ils ont profité également de la grande économie mondiale que constitue l’Allemagne, mais aussi de ses amis américains et anglais qui offrent de grands espaces économiques pour leurs produits.

Samson Ndayizeye, secrétaire permanent au ministère du Commerce, de Industrie et du Tourisme(CIT) qui a procédé à l’ouverture de ce salon affirme que l’agri business est en parfaite conformité avec les missions du ministère notamment celle de connecter les entrepreneurs avec les décideurs et investisseurs de tout le pays. Dans cet angle, ce ministère ne ménagera aucun effort pour soutenir l’Ong Spark dans l’aboutissement de ses missions dont celle de promouvoir l’entrepreneuriat dans le domaine de l’agribusiness, affirme M. Ndayizeye.

A propos de l'auteur

Mathias Ntibarikure.

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Un commentaire
  • ndayisaba jean claude dit :

    chers rapporteurs l’agriculture burundaise souffre terriblement et permet moi de revenir sur un seul point parmi plusieurs de defis auxquels fait face notre agriculture: le responsable communale en matiere d’agriculture est de niveau A2 si j’ai bonne memoire, les universites forment des techniciens et cadres en matiere agricole mais bon nombre d’entre eux sont entrain de dispenser les cours dans les colleges alors que leur place devrait etre dans les champs et centres de recherches agronomiques.

Les commentaires sont fermés.

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