Santé

L’hépatite, une maladie oubliée

Le 28 juillet de chaque année, le monde entier célèbre la journée mondiale de lutte contre l’hépatite. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, le nombre de décès dus à l’hépatite est en nette augmentation. En 2015, 1, 34 million de personnes ont perdu leur vie suite à l’hépatite. L’objectif global de l’OMS est d’éliminer l’hépatite à l’horizon 2030.  Les statistiques montrent que 400 millions d’individus sont infectés par l’hépatite B ou C dans le monde

La rédaction de Burundi Eco s’est entretenue avec Prof. Dr. Rénovat Ntagirabiri (spécialiste des maladies du foie et du tube digestif : l’estomac, les intestins) qui explique les principales causes des hépatites, les symptômes, l’évolution ainsi que le traitement.

Prof. Dr. Rénovat Ntagirabiri : « Pour chaque maladie, il faut qu’il y ait un médecin qui est spécialisé en la matière que ce soit pour les hépatites ou pour les autres maladies ».

La plupart des personnes ont des confusions sur la terminologie utilisée pour désigner les hépatites. Prof. Dr. Ntagirabiri définit l’hépatite tout simplement comme une maladie (inflammation) du foie. Selon la cause de cette maladie, on parlera d’hépatite virale, d’hépatite alcoolique, ou encore d’hépatite médicamenteuse, etc.

L’hépatite virale peut avoir jusqu’à cinq formes différentes, à savoir : l’hépatite virale A, B, C, D et E. Mais les plus fréquentes et dangereuses sont l’hépatite B et l’hépatite C. Les hépatites chroniques sont l’hépatite B et C parce que l’individu peut vivre avec les virus d’hépatite B ou C pendant plus de six mois.

Certaines personnes ne connaissent pas l’hépatite et ne prennent pas de précautions nécessaires pour se prévenir contre cette maladie. A ce sujet, Prof. Dr. Ntagirabiri rappelle les voies de contamination de la maladie du foie. « Les modes de transmission ou de contamination sont principalement le sang, surtout le contact avec le sang souillé (de quelqu’un qui est contaminé). Certains virus peuvent aussi passer par des secrétions biologiques, notamment par voie sexuelle et exceptionnellement par la salive. », souligne-t-il. Et d’ajouter que  les personnes qui font usage des drogues injectables, celles qui pratiquent des actes comme la circoncision dans des conditions d’hygiène précaires ou encore les transfusions sanguines non sécurisées constituent des groupes dont le risque d’attraper la maladie du foie est élevé.

Symptômes et évolution de la maladie

Quant à la symptomatologie et à l’évolution de l’hépatite virale chronique, Prof. Dr. Ntagirabiri explique qu’après la contamination, la personne contaminée peut avoir des douleurs dans les articulations, dans les muscles, une fatigabilité et des maux de tête. C’est ce qu’on appelle le syndrome grippal. Les yeux aussi peuvent devenir jaunes, les urines foncées et, après, ces symptômes disparaissent. A ce niveau, soit le virus disparait ou il passe à chronicité. Après plusieurs années d’évolution les complications qui sont la cirrhose ou le cancer du foie peuvent survenir. A ce stade, la maladie est avancée. La personne commence à maigrir, à avoir des jambes gonflées, des œdèmes aux membres inférieurs, l’ascite qui est un épanchement de l’eau au niveau du ventre ou des tumeurs dans le foie.

Les facteurs qui aggravent la maladie sont surtout la consommation de l’alcool parce que l’alcool lui-même entraine aussi la cirrhose avec les mêmes effets que les virus. En plus des facteurs aggravants, Prof. Dr. indique qu’il existe des facteurs de risque constitués de soins qui sont  faits dans des conditions d’hygiène précaires, l’usage des seringues  partagés, l’usage des objets tranchants, pointus, creux qui contiennent du sang. Ce sont également des transfusions répétées qui sont faites sans dépistage préalable des virus dans le sang du donneur. Mais le spécialiste souligne qu’au niveau du Burundi le Centre de Transfusion Sanguine (CNTS) fait des dosages et met à la disposition des  hôpitaux du sang sain et sûr.

Qu’en est-il de la prévalence et du traitement de l’hépatite au Burundi ?

Selon Prof. Dr. Ntagirabiri, les données actualisées sur la prévalence des hépatites B et C au niveau national ne sont pas encore produites. Mais les études déjà effectuées donnent quelques précisons sur la prévalence chez certaines catégories de personnes. En effet, la prévalence de l’hépatite B était d’environ 4 % de la population (sur 100 personnes qui ont été dépistées, 4 personnes avaient le virus) et celle de l’hépatite C est estimée à 8 % de la population, en 2002. Mais au niveau de certaines catégories particulières comme les gens qui vivent avec le VIH, la prévalence de l’hépatite C est de 10%. La prévalence varie  donc en fonction des catégories de la population. La cirrhose due aux hépatites est aussi fréquente. Nous n’avons de prévalence au niveau national, mais les études déjà effectuées dans ce secteur montrent que  30%  des patients souffrant de l’hépatite B ont la cirrhose ou le cancer du foie.

D’après l’OMS, « il est temps de mobiliser une réponse globale contre l’hépatite qui soit d’une ampleur comparable à celle générée pour lutter contre d’autres maladies transmissibles telles que le VIH/Sida et la tuberculose ». Prof. Dr. Ntagirabiri abonde dans le même sens en proposant de faire des efforts partout. Actuellement, il existe des médicaments qui peuvent permettre d’éliminer ces virus. Pour l’hépatite B, il suffit de vacciner tout le monde et on protégera tout le monde (vacciner tous ceux qui n’ont pas encore le virus). Et pour l’hépatite C, il y a des médicaments qui permettent d’éliminer le virus. D’où l’objectif de cette année qui était d’éliminer l’hépatite et c’est un objectif que tout le monde peut atteindre si on y met les moyens. Le spécialiste précise que ces moyens existent. Il faudrait que les gouvernements et les politiques de santé se fixent des objectifs et des stratégies pour diminuer ces virus dans une période donnée.

Aux malades de l’hépatite, Prof. Dr. Ntagirabiri recommande de faire une consultation médicale au mieux par un médecin qui est spécialisé dans cette maladie. Mais comme il est souvent difficile de trouver les spécialistes et avec la  possibilité de confusion dans les messages qui peuvent être donnés. Pour lui, l’idéal serait que le ministère de la Santé Publique et de Lutte contre le Sida organise des formations continues pour faire une mise à jour des personnels de santé.

L’OMS affirme que l’hépatite est un problème majeur de santé publique et nécessite une action d’urgence. On estime qu’avec la fin de l’année 2015, il y avait approximativement 325 millions de personnes vivant avec une hépatite chronique. Notons que pour le cas du Burundi, en 2015, Pr. Dr. Ntagirabiri affirme qu’il a participé au lancement d’un nouveau médicament appelé Hépcinat contre l’hépatite C. Mais si on tient compte du pouvoir d’achat de la population burundaise l’accès à ce médicament reste impossible pour les personnes qui ne bénéficient pas de la prise en charge sociale.

La journée mondiale de lutte contre l’hépatite a été célébrée pour la première fois en 2008. Au Burundi, elle a été commémorée pour la première fois en 2016,  soit 8 ans après son lancement officiel. Comparativement à d’autres maladies, en l’occurrence le Sida, le paludisme et la tuberculose, l’hépatite semble être ignorée. Il serait donc intéressant que chaque pays adopte des stratégies pour faire face à cette maladie. Tous les acteurs devraient s’impliquer pour éliminer à jamais les hépatites afin d’éviter que les gens meurent uniquement à cause de cette pathologie.

A propos de l'auteur

Benjamin Kuriyo.

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