Développement

Le secteur de la construction se relève

Après que le secteur de la construction ait été frappé de plein fouet par la crise économique, les activités redémarrent. Les professionnels de la construction affirment que plusieurs chantiers sont en cours après une période de récession. Cela étant, le domaine des marchés publics connait toujours des contraintes liées au gel des investissements de la part des bailleurs

Reprise des travaux au chantier situé au quartier Asiatique en Mairie de Bujumbura après quelques mois d’interruption

Le Journal Burundi Eco dans son numéro 259 s’est penché sur l’une des composantes du secteur secondaire, à savoir: la construction. A cette époque, ce secteur était au bord de la faillite. La flambée des prix des matériaux de construction, le rétrécissement du marché, le manque de devises, etc. minaient ce secteur. C’est pour cette raison que dans cette édition, la rédaction revient sur le sujet pour vous en dresser l’état des lieux. Ainsi, les témoignages des professionnels en construction se révèlent plutôt rassurants. « Le domaine de la construction s’adapte petit à petit à la faible croissance économique du pays. Le nombre de marchés de construction ne cesse d’augmenter, surtout avec les marchés des particuliers qui revitalisent le secteur », précise M. Gilbert Nkezabahizi, directeur général de l’entreprise Système de Collecte des Eaux Pluviales et Bâtiment (SCEP-Bat).

Les entreprises de construction ne suivent pas ce rythme

Comme ce sont les particuliers qui dominent dans la plupart des marchés en cours, les entreprises de construction font face à de nombreux défis. Les marchés se concluent de gré-gré. Ce qui fait que les associations des professionnels de la construction s’accaparent de presque tous les marchés. Nécessitant des offres assez consistantes pour générer des profits conséquents, les entreprises de construction misent sur le domaine des marchés publics. Or, le processus de passation des marchés publics ne respectent toujours pas les principes de base à savoir, la transparence, l’équité et la non discrimination, à en croire les critiques formulées par les professionnels de la construction. De plus, ce type de marchés connaissent une réduction suite au gel des investissements, déclarent-ils.

La qualité des services remise en cause

Les professionnels de la construction dénoncent les cas de fraude souvent observés dans la passation des marchés. Ce sont notamment l’usage de faux documents bancaires et l’attribution des marchés à des entreprises peu expérimentées. Ce qui remet en cause la qualité des services offerts. Certaines entreprises gagnent des marchés alors qu’elles ne disposent pas de capacités techniques et financières requises. Cela décourage d’autres investisseurs mieux expérimentés qui, après avoir soumissionnés à maintes reprises sans succès, ils abandonnent carrément le métier disent les professionnels de la construction. Et de proposer qu’il y ait l’amendement de certaines dispositions du code des marchés publics pour que l’attributaire ne soit pas choisi uniquement pour son offre très basse, mais aussi pour ses capacités techniques et financières.

Dommage pour les débutants !

Pour les ingénieurs débutants qui sortent fraîchement des universités, le terrain est plutôt glissant. Ils ont du mal à conquérir de nouveaux marchés », explique M. Nkezabahizi. Quant à lui, M. David Ntamakuriro, directeur général de la société Building and Multi-Business Company (BMBC) estime que pour gagner un marché auprès d’un particulier, on doit disposer de capacités techniques et financières irréprochables. La qualité du travail prime sur tout. Car un client ne doit confier la tâche ou donner de l’argent à quelqu’un en qui il n’a pas confiance.

Plusieurs projets en cours d’exécution

Contacté au téléphone dans la province de Ruyigi où il contrôle les travaux d’aménagement et de réhabilitation des pistes d’accès aux marais, Emery Habonimana se réjouit d’avoir trouvé une occupation. Cet ingénieur de formation avait créé une entreprise de construction dénommée Extra Built, mais suite à la crise économique, il avait décidé de suspendre momentanément les activités. Et il a travaillé sous-traitant auprès des autres entreprises où l’herbe était encore verte. Actuellement, il est confiant que les projets de génie civil vont refaire surface. Il allonge la liste des projets en cours : il s’agit de la réhabilitation et de l’aménagement des pistes d’accès dans les zones d’intervention de Programme de Développement des Filières (PRODEFI), de la réhabilitation des routes, notamment à Mwaro sur financement de la BAD, etc. «Toute l’équipe est à l’œuvre. La situation s’est nettement améliorée comparativement à la période d’été», rassure –t-il

Les prix de certains matériaux de construction repartent à la baisse

Les prix des matériaux de construction ont été revus à la baisse. Le prix du ciment importé a chuté d’environ 3%. Un sac de 50 kg de ciment zambien de type Tangote est passé de 45 000 FBu à 30 000 FBu. De même pour le ciment dit BUCECO, le prix est passé de 30 000FBu à 22 500 FBu (prix officiel) « Ce n’était pas le cas, il y a trois ou quatre mois, les stocks étaient vides. Par contre, tous les magasins des matériaux de constructions disposent du matériel en abondance », indique M. Ntamakuriro. La chute du prix du ciment a poussé les clients qui avaient abandonné les chantiers à reprendre les activités. « En ce qui nous concerne, nous sommes soulagés du fait que la situation se normalise », lâche un ingénieur en construction.

Cette situation nous rassure, car cela va nous permettre non seulement d’atteindre les résultats escomptés, mais aussi de faire des prévisions réalistes, conclut M. Ntamakuriro. Il reste optimiste que les investissements à venir vont booster le secteur. Il parle des contacts qu’il a déjà établis avec les Burundais de la diaspora qui manifestent l’engouement d’investir dans le domaine de la construction. Il a souligné que toute l’équipe a été réintégrée et qu’ils sont rémunérés alors qu’ils avaient été réduits au chômage technique. Pour lui, les affaires vont plutôt bien. « Nous avons trois chantiers en cours et cinq études de faisabilité que nous espérons que d’ici peu elles vont porter leurs fruits », confie-t-il.

Les défis persistent

Tout n’est pas rose dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, le secteur de la construction reste confronté à des défis. Les professionnels évoquent notamment la crise économique qui a accentué la fuite des capitaux, le désistement des bailleurs de fonds (les partenaires techniques et financiers débloquent les fonds à compte-gouttes). Ce qui ralentit la construction des infrastructures qui sont objet des marchés publics, le manque de devises qui fait toujours agoniser plusieurs secteurs économiques du pays, y compris la construction.

En conséquence, la flambée des matériaux de construction s’annonce sur le marché. Le prix d’une tôle simple passe de 12 500 FBu à 18 500 FBu, le prix du fer à béton de 8 mm de diamètre passe de 16 000 FBu à 24 000 FBu. Et pour les carreaux, un paquet de sept pièces qui coutait 35 000 FBu se négocie à 50 000 FBu. Les fournisseurs des matériaux locaux profitent de l’occasion pour augmenter les prix. Le prix pour une benne de terres ordinaires passe de 50 000 FBu à 60 000 FBu, celle du gravier est fournie à 80 000 FBu au lieu de 100 000 FBu. Et enfin, pour le sable le prix passe de 35 000 FBu à 45 000 FBu par benne. Pour les matériaux de construction locaux, la hausse des prix est liée à la flambée des prix du carburant.

Notons que la contribution du secteur de la construction au Produit Intérieur Brut (PIB) était estimée à 3, 5% en 2016 contre 4,3% en 2011.

A propos de l'auteur

Benjamin Kuriyo.

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